« Sur vie » – épisode 1

/ juin 6, 2017/ Sur vie

« Sur vie », feuilleton futuriste sur l’Occident en 2040. Suivez notre garde du corps, héros d’une dystopie noire, chaque mardi !

Commentez, partagez, écrivez nous 😉

Télécharger l’épisode 1

 

Je me présentais à l’accueil de la tour, premier SAS avec contrôle des armes, on me retire mes deux armes de poing. Deuxième SAS avec contrôle de l’identité, on me prend ma carte biométrique. Troisième SAS, l’hôtesse d’accueil qui vérifie mon rendez-vous encadré de deux gros bras. Parmi les dernières femmes à travailler les hôtesses et les prostituées… Bref, on m’escorte jusqu’à M. Poncet, troisième du nom. Il dirigeait cinq des trente firmes du pays. Il en restait peu mais elles avaient une dimension plus qu’internationales. La plupart des secteurs de l’économie étaient dirigées par deux groupes conformément aux lois sur le monopole et il ne subsistait aucunes petites entreprises depuis près de 20 ans. Mes deux gardes, encore plus imposants que moi, deux mètres de haut et une centaine de kilos de muscles à vue de nez, mines patibulaires, m’escortèrent jusqu’au quinzième étage. Nous traversâmes encore un SAS, puis de longs couloirs nous menèrent jusqu’à une grande porte de bois vernie, chose plus que rare de nos jours. Le garde de gauche sonna à un interphone d’où une voix chevrotante autorisa l’entrée des visiteurs. La porte se débloqua et le garde me fit signe d’entrer. Je pénétrais dans la pièce en premier suivi de près par mes deux acolytes.

Ce bureau était immense, une large pièce en trapèze au fond de laquelle se tenait un grand bureau en orme derrière lequel trônait un homme d’une soixantaine d’années, en costume de grande qualité. En ressortait un décalage immense entre sa physionomie difficile due en partie à son âge et l’extrême beauté d’un tissu qui ne devait pas souvent être exposé aux vicissitudes de l’extérieur.

Dès mon entrée il me scruta, comme pour vérifier l’exactitude des renseignements qu’il avait dû se payer sur moi. Il sembla satisfait et m’invita à m’asseoir face à lui sur l’un de deux fauteuils de cuir des années 2010 face à lui.

  • Belkhacer, j’ai eu note de vos excellents états de service, notamment en tant qu’agent infiltré au Moyen-Orient, mais aussi sur vos diverses missions, et vos compétences me paraissent certaines. Maintenant, je me pose une question et de ce fait vous la pose. Pourquoi choisir un poste comme celui que je vous propose où finalement vos qualités ne seront qu’à demi exploitées ?
  • Écoutez, je ne vais pas vous mentir, ce n’est pas le retour dans mon pays natal qui m’intéresse ni même le combat contre ceux qu’à une époque lointaine on aurait pu considérer être mes frères, non, ce qui m’intéresse là, c’est de m’établir, je cherche la stabilité du poste que vous me proposez. Les responsabilités de la direction d’une équipe tout en restant sur le terrain. Vous savez, j’arrive à un âge où les missions ponctuelles ne sont plus ce dont j’ai besoin. Je ne veux ni fonder de famille ni acquérir une sécurité que je crois toujours à conquérir mais bien assurer une stabilité professionnelle et me permettre d’avoir des portes ouvertes pour un avenir où je ne serais plus forcément aussi efficient sur le terrain.
  • Je comprends ce que vous me dites là, et humainement je saisis parfaitement. D’ailleurs, je suis en mesure de vous offrir cette stabilité et des perspectives pour un moment où vous ne seriez plus directement sur le terrain, même si cela ne me paraît pas forcément appartenir à un futur proche. Ce que je vous propose donc, c’est un contrat de cinq ans à la direction opérationnelle de ma sécurité incluant votre présence constante à mes côtés. Cela vous paraît-il envisageable ?
  • Oui, tout à fait.
  • Je voyage beaucoup, donc vous voyagerez beaucoup aussi. Vous serez vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec moi, ce qui évidemment exclu toute vie de famille, mais vous n’y semblez pas enclin. Vous serez nourri, logé et grassement payé, voici le contrat.

 

Je lus attentivement le contrat, tandis que le vieil homme m’observait. Tout me convenait et après avoir mimé quelques réticences je lui donnais mon accord et apposais mes paraphes au bas des pages de ce qui m’apparaissait être un précieux contrat. L’affaire conclue je me retirais rapidement, ma présence allait devoir être forte mais discrète à la fois et je comptais lui montrer dès maintenant qu’il en serait ainsi. Je le quittais donc en le remerciant brièvement, suivi par mes deux gardes qui étaient restés en faction derrière moi tout au long de l’entretien.

 

Nous repassâmes par les différents SAS, je récupérais mes papiers biométriques, mes armes et ma liberté provisoire jusqu’au lendemain 18h, heure à laquelle ma vie ne m’appartiendrait plus tout à fait.

Le gosse s’était endormi dans la voiture, la fraicheur inaccoutumée du véhicule avait dû le plonger dans cette torpeur. Il s’éveilla tel un animal débusqué lorsque je pénétrais dans l’habitacle. Il ne cria pas, ne protesta pas, mais gigotait. Il émettait de petits sons, probablement parlait il mal notre langue. Je le conduisis au check-point où je le remis aux gardiens, et partis. Probablement allaient-ils le battre un peu et le relâcher. Ce n’était dès lors plus mon problème ni mon souci.

 

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
*
*