« Sur vie » – épisode 3

/ juin 20, 2017/ Sur vie

 

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18h, ce jeudi 25 novembre 2040, approchait. Heure de la fin de ma vie de missions hétéroclites, heure du début de ce qui allait devenir mon unique mission : protéger cet homme de tout et surtout de n’importe quoi. J’étais prêt, prêt à nouveau à tout changer dans ma vie, prêt à repartir vers de nouveaux horizons. J’avais rendu ma berline ce matin, je ne l’aurais pas eu plus longtemps qu’une fille celle-là. M. Poncet avait envoyé son chauffeur personnel à mon domicile, il n’allait plus tarder. Ma vie en quelques sacs traînait par terre. Une vie de ceux qui savent qu’il ne reste rien avec nous au dernier jour, et qui savent dès le départ que ce dernier jour peut-être demain. Il sonna, je descendais, montais dans la voiture héritière de la limousine des rock-stars de mon enfance. Il prit mes bagages, je le vis les ranger, là eux qui étaient finalement si peu par rapport à tout ce que je sentais avoir emmagasiné en moi toutes ces années durant.

Je montais à l’arrière. J’allais vers l’inconnu, un inconnu qui m’attirai irrépressiblement. Nous arrivâmes, quelques dizaines de minutes plus tard. Traversant sur de grands ponts surplombant la misère, ces quartiers où plus personne n’entrait, d’où plus personne ne sortait pour nous diriger vers ceux où seuls les biens nés avaient leur place, où l’argent donnait comme un droit de vie sans trop de risque de mort. On entendait les coups de feu depuis les ponts, mais la voiture était insonorisée et restait de simples bruits sourds inoffensifs. Les péages prohibitifs nous garantissaient la tranquillité sur ces routes qui n’avaient aucune commune mesure avec les rues délabrées sur lesquelles se mêlaient vélos, scooter et autres engins des pauvres, qui allaient aussi à pied sur ces routes. Plus aucun code de la route n’y était respecté. Sous certains aspects cela me rappelait ces pays du Sud en guerre dans les années 2000, mais l’installation pérenne de la misère en France avait rendu le pays comme le Brésil en 2000 s’il avait été en guerre. Il y en avait toutes les dimensions hormis celle du caractère exceptionnel de la guerre. Nous étions passé à une époque sauvage, une époque où les armes étaient chez les plus riches et où les crève-la-faim envahissaient les rues sans aucun moyen de pilier, même pas assez armés pour ça. Seul l’argent attirait, s’en était fini des reconstructions d’après-guerre. Cette guerre mondiale, troisième du nom, nous l’avions eu et depuis, plus rien ne repartait comme avant, les plus riches s’étaient enrichis, les plus pauvres s’étaient appauvris et après les bombes étaient restés des favelas qui comportaient les trois quarts de la population de chaque pays. Infesté de gens pour qui rien ne serait fait. Il n’y avait plus besoin d’ouvriers dans les usines, toutes les productions se faisaient pas machines, et si peu étaient produite peu importait, un quart de la population mondiale se concentrait les richesses vitales et inutiles, les autres formaient des bidonvilles aux quatre coins du globe, mais peu importait, il n’y avait plus d’état, mais peu importait, quelques riches produisaient et se vendaient les richesses en autarcie sur la toile et vivaient protégés dans des bunker dorés en totale autosuffisance. Deux économies s’affrontaient, celle qui exploitait la misère, celle des mafias reconverties dans la traite des hommes et celle de l’économie anciennement légale toujours en charge de la production de biens matériels et immatériels. Ces deux mastodontes de l’économie mondiale s’affrontaient sans collision.

 

Certains vivant sur la prostitution, le racket et le vol, d’autres vivant sur la production du peu de choses nécessaire à la vie de nouveaux richissimes, anciennement riches, consommateurs de biens produits mécaniquement Plus personne ne voulait entendre parler de cette politique morte de sa belle mort pendant la troisième guerre mondiale de ces États disparus avec leurs polices et leurs factions pendant une guerre qui avait décimé ses dirigeants de tout bord pour faire naître l’anarchie capitaliste. Les écoles avaient fermé et ne s’étaient jamais rouverte. Seuls quelques lettrés apprenaient à leurs riches enfants comment maintenir la richesse de la famille. Dans ces îlots de richesse, villages fortifiés au sein de villes dévastées, se reproduisait la vie telle que j’avais pu la connaître dans mon enfance, ou tout au moins ce qui s’en approchait le plus, avec des écoles, plus de magasins, plus de restaurants, rien qui ne puisse mêler les foules, mais des villas luxueuses entourées de mirador. Cela me rappelait quelque chose entre l’Amérique latine et la Russie d’autrefois. Hormis le fait que ces protections n’étaient plus réservées aux narco-trafiquants latinos ou aux oligarques russes mais bien à chaque riche dans un état d’anarchie totale. Seules quelques personnes comme moi pouvaient s’immiscer sur les deux terrains mais il fallait être solidement armé et pas dépourvu d’appui. Mais je dois dire que la soirée d’hier à l’aune de ce bidonville du 18ème arrondissement parisien m’avait fait le plus grand bien, mais il est vrai qu’il fallait être armé, connu et reconnu pour y aller sans dommages. Mais je connaissais bon nombre de ces hommes qui avaient repris le trafic de femmes à Paris, ceux-là même qui le tenait dans toute l’Europe de l’ouest, ancien militaires reconvertis pour la plupart ayant bénéficié des armes et de hommes de l’armée Européenne pour se construire un empire mafieux pendant et après la guerre.

 

Le chauffeur comme bon nombre d’européen semblait encore difficilement accoutumé à la misère et aux dangers que supposait ce nouvel état de fait. C’était bien là, ce qui faisait de moi une recrue de qualité pour ce M. Poncet.

Cela faisait maintenant dix ans ou presque que la guerre était finie, et plus aucun attentat ne se faisaient sentir. Même si la fin des journaux avait parfois jeté un voile, les services de renseignements privés savaient notamment grâce à la surveillance électronique du territoire à laquelle moyennant finances il était facile d’accéder. La menace n’était plus terroriste depuis la fin du politique, non elle était économique, constante, de la part du premier crève-la-faim venu comme du concurrent acerbe prêt à tout pour déposséder son voisin. Cette concurrence sauvage, physique avait mené bon nombre d’empire capitalistes classiques à la ruine et avait permis à d’ancien mafiosi de se reconvertir et d’intégrer le monde des richissimes, jusque dans leurs villages sous surveillance, moyennant généralement l’abandon de leurs anciennes pratiques, mais l’argent qui a touché la crasse n’attirait plus ces hommes avides d’argent brillant.

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