Pourquoi écrire sa folie ?

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La littérature a cette force de transmission du vécu intérieur, que peu d’art peuvent revendiquer. En entrant dans la psyché humaine, l’écrit propose un immersion dans un univers psychique. La littérature c’est l’art des mondes intérieurs et la folie celui des désordres et chambardements intérieurs. Alors, si les fous écrivent souvent c’est probablement pour parvenir un jour à faire passer leur vécu, à faire savoir ce que peut être de vivre par moments avec des créations psychiques intérieures, parfois envahissantes, parfois présentes, parfois non et pour faire savoir aussi ce qu’est le vécu de cette concomitance de vie intérieure forte et de vie extérieure. C’est aussi peut être pour faire savoir, encore plus que de ce que ça produit en soi, que le fou est généralement conscient de sa folie et de sa vie extérieur dans une simultanéité, et un prégnance qui l’envahit. Il veut dire ce qu’est de vivre avec des créations psychiques qui se surimpose au vivant, qui “entrave la communication” diraient les psychiatries. C’est le récit de ce qu’est cette vie avec à la fois une explosion intérieure de créations oniriques et à la fois un monde extérieur qui continue à fonctionner comme toujours il le fait, que je tente de faire. 

J’ai écrit un récit brut de mes psychoses. 90 pages de créations psychiques et oniriques. Faisant uniquement appel à ce qui est coutume de relever de la folie, je laissais de côté encore la dimension de vie extérieure.

J’ai commencé à écrire pour répondre à des amis sur cet avant et cet après. C’est à la sortie de ma première hospitalisation que certains m’ont demandé : “Mais qu’as-tu vécu à ce moment-là ?” ; que j’ai décidé d’écrire. Pour faire savoir ce que j’avais vécu, j’ai trouvé ce médium comme le plus approprié à la description fine de ces périodes de vie parallèles. L’idée de la transmission de ce que peuvent être ces moments avec ce parallélisme de vie onirique et de vie commune en simultané et dans la durée me poussa alors à écrire. 

Commence alors une période de plusieurs mois où j’écris sur le contenu même de mes créations psychiques. J’écris tout ce qui m’a traversée, passé par l’esprit. Des perceptions auditives, visuelles voire olfactives et physiques, à l’énergie que je mettais à entrer dans une démarche mystico-chamanique. J’ai écrit un récit brut de mes psychoses. 90 pages de créations psychiques et oniriques. Faisant uniquement appel à ce qui est coutume de relever de la folie, je laissais de côté encore la dimension de vie extérieure. Je voulais coucher sur le papier le contenu de ma folie pour ne pas l’oublier. De peur qu’il disparaisse totalement, ce qu’il faisait peu à peu, j’écrivais frénétiquement ma démarche, mon chemin par lequel je m’étais volontairement infiltré, engouffrée dans la folie.

Aujourd’hui, ce texte que je reprendrais un jour, a intéressé artistes et psychologues. Mais j’aimerais le reprendre même si bien des souvenirs se sont effacés. Pour mieux accéder à moi-même, pour mieux comprendre le sens de mon onirisme aujourd’hui enfui. Mais quoi qu’il en soit, avoir une trace de cette vie parallèle reste quelque chose dont je suis heureuse. Expulser ces créations pour leur donner un sens, retrouver la démarche par laquelle on choisit par moments de donner place à la folie de s’y engouffrer, retrouver le sens de cette démarche dans notre vie au sens large reste un moteur d’un aller mieux. Comme regarder une vieille cicatrice, relire ce texte fait de moins en moins mal et permet de voir le réel tel qu’il a été sans les langue de bois et doux euphémismes du “quand j’étais mal”, au moins vis-à-vis de soi-même. 

Agathe

2 thoughts on “Pourquoi écrire sa folie ?

  1. Écrire sur sa folie peut-être utile pour sa propre construction et mettre ses idées en place, mais aussi pour le personnel soignant et les médecins qui peuvent comprendre un point de vue de l’intérieur en dehors des approches théoriques désincarnées et aussi pour corriger les représentations erronées du public.

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