Décrire sa folie ?

La question de savoir comment retranscrire le vécu intérieur de la folie a traversé ma démarche d’écriture. Le premier texte, un récit brut de mes créations psychiques, traduisait le besoin cathartique d’expulsion de ces souvenirs étranges. Ces souvenirs s’évanouissaient et me paraissaient chaque jour un peu plus étrangers, c’est pourquoi je les avais couchés sur le papier. J’avais à présent ce récit onirique sans trop de construction. Il relatait ma vie intérieure mais ne permettait pas de répondre à la question de mon ami : “qu’as tu vécu et ressenti pendant cette période de folie ?”  Car si le contenu des créations psychiques est informatif et recèle énormément d’éléments il élude une part de conscience de ce qui est en train de se jouer. Il est fidèle au réel tant que la folie est choisie. Dès que la folie s’impose sans libre arbitre de celui qui a vit, il faut passer à un autre mode de récit. 

Plus que ça, je voulais à présent faire le lien entre le réel tel que perçu par l’environnement et le psychique tel que je l’avais vécu. Pour cela, il fallait aussi tenir compte de ce qui se passait concrètement pour moi et autour de moi. C’est pour retracer l’histoire d’un voyage et des méandres dans lesquels il m’a mené que j’ai entamé mon deuxième texte : “Je ne l’ai jamais revu”. 

Le récit n’est pas directement fidèle aux faits tels qui se sont produits mais fidèle au ressenti qu’ils ont suscité.

Reprenant à la fois le récit des rencontres avec des personnes croisées au hasard de mon voyage et le récit de mon vécu intérieur, ce texte vise à donner une vision sur la folie par celui qui la vit. Comme pour éclairer pour ceux qui sont autour ce que vivre cette folie signifie pour celui qui est à l’intérieur de lui-même. Le récit n’est pas directement fidèle aux faits tels qui se sont produits mais fidèle au ressenti qu’ils ont suscité. Certains faits et certaines personnes ont été modifiées pour évoquer de façon plus vraie la réalité de ce qui se jouait intérieurement pour moi. Des éléments réels, fictifs et oniriques se mêlent pour faire vivre ce qu’est un voyage en folie de l’intérieur. 

Chaque chapitre est construit de la même façon. Un personnage, qui est en fait l’un de ceux que j’ai croisé sur ma route et avec qui j’ai passé un moment positif ou toxique, commence la narration sur lui-même. Il se décrit, se narre et permet peut à peu de poser la situation dans laquelle l’héroïne va apparaître. Puis la situation de rencontre prend place, et la l’héroïne disparaît du récit du personnage rencontré sur la phrase “Je ne l’ai jamais revu”. Car tout au long de mon voyage, j’ai croisé des gens que je n’ai pas plus revu qu’il n’ont pu le faire eux non plus. Après la rencontre, l’héroïne devient narratrice et raconte sa perception, sa vision, son vécu de la situation.

Cette construction narrative met en parallèle le vécu du fou et le vécu de l’autre en face. Elle vise à faire percevoir ce qu’est la folie, ce qu’elle fait vivre. Elle vise peut-être aussi à faire déceler des bribes de folie, à apprendre à percevoir les moments de folie et ce qu’ils sont concrètement et intérieurement pour les uns et les autres. 

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