Survivante de la psychiatrie à Paris

3

Approche psychopunk de la résistance aux traitements qu’induit la psychiatrisation, récit de survivance, récit de perte de soi dans les méandres des traitements sociaux, culturels, professionnels, psychiatriques et personnels.

Est-il possible aujourd’hui ou hier ou encore demain, de devenir Sujet de son existence propre, d’être  ou d’advenir enfin ce quelqu’un qui relèverait du soi et non plus de l’individu objectivé par des  dispositifs de pouvoir qui enserrent, enferment et broient, geste après geste le petit quelqu’un de nous  qui cherche à être juste lui-même ? C’est cette clinique du pouvoir qui s’exerce de l’extérieur qui nous  forme chaque jour, nous dresse par de menus actes matériels successif en objet réifié d’un pouvoir qui  impose une fabrique des individus normaux à même d’assurer la survie d’une espèce aussi  transgénique que ses abeilles ou son maïs.  

Le premier des dispositifs de pouvoir qui s’exerce, de savoir qui s’inspire, de savoir qui s’applique et de  pouvoir qui s’exprime, c’est bien cette fameuse famille qui nous suit, nous poursuit. De la naissance à  la mort un groupe de personne lié à nous de façon indéfectible se rappelle et nous rappelle sans cesse  que nous lui appartenons en premier lieu. Si des rapports humains complexes se nouent,  probablement que la famille reste et constitue la matrice de pouvoir biopolitique dirait Foucault la plus  puissante encore aujourd’hui. Condamnés que nous sommes à rester enserrés dans ce petit réseau  humain matricielle de l’origine qui nous pourchasse et nous lie à une assignation d’identité non  désirée, totalement subie de la naissance à la mort, la famille reste l’axe premier du pouvoir  biopolitique, du pouvoir sur la vie exercée dans ce monde, lui-même enchâssement de dispositifs disciplinaires à l’approche clinique et violente. Premier élément dans la chronologie d’une tentative  irrépressible des dispositifs humains de contraindre l’autre à la soumission au pouvoir extérieur.  Premier dresseur du petit individu déjà préparé à devenir objet des pouvoirs qui s’exercent, fabriqué  petit être prêt à la clinique scolaire, prêt à dire non de toute ses forces à être sujet de sa propre  existence, prêt à tout pour que ses congénères eux-mêmes préalablement dressés, ses parents, soient  fier de leur objet du pouvoir la famille est l’espace pervers par excellence. Là où le sentiment, la  manipulation affective font leur plein effet dans le régime biopolitique. Foyer de toutes les perversions,  origine des psychoses adultes, la famille est l’espace pathogène par excellence du petit fou résistant  en devenir. Contrainte effective, affective, contrainte matérielle, immatériellement irrémédiable pour  celui qui ne sait s’en extirper. La famille est le premier pilier de la fabrique du non psychiatrisé, le premier volet essentiel de la trilogie école-caserne-cimetière, de la triade école-usine-prison ou encore  du fabuleux triptyque école-entreprise-réussite.  

Résistante aux traitements familiaux, la clinique scolaire non plus n’eu pas ma peau et je parvins à  rester dans cet environnement de savoir apposé, formant et in-formant le petit être que sans  consentement à la fabrique d’un petit travailleur de demain point de salut, point de récompense, point  d’issue hors de cette soumission à ce dressage minutieux des gestes, des paroles et des postures du  petit être en mouvement appelé à devenir objet docile d’un capitalisme au cycle véreux. Résister au  traitement biopolitique n’est-il pas finalement la réussite dans ce combat qui se mène jour après jour,  de ne pas laisser ce savoir clinique, créé lentement par sédimentation de sciences humaines analysant  siècles après siècles le fonctionnement de l’être humain, de ne pas laisser ce pouvoir sur la vie agir par  dressage clinique basé à l’évidence sur les sciences de l’homme, construire peu à peu cette fabrique  de l’objet humain dressé et psychologiquement mutilé de son statut de sujet acteur de sa propre vie.  Résistante biologiquement aux traitements de ces dispositifs de savoir et de pouvoir exercé sur le petit  être humain, résistante à cet usage inhumain de l’être humain, à cette gouvernance de l’autre  entravant toute gouvernementalité effective, me voilà petit être fou, petit sujet fou résistant, 

cherchant à entraver cette clinique qui s’impose qui m’in-forme et tente de me créer petit objet  normopathe du dispositif. C’est cette école de laquelle je suis rejetée une fois pour précocité, à 11 ans,  une fois pour révolte inavérée, à 17 ans, qui me laissera le choix de réussir sans l’institution  disciplinaire, sans l’exercice du pouvoir et juste l’accès à cette information brute, juste l’accès aux  données et sans l’exercice de ce contrôle disciplinaire sur les corps, en me disant : « Si vous êtes si  maline que ça, votre bac passez le par correspondance ! » 

Et me voilà, en juillet 1998, avec un bac obtenu par correspondance, un an de salaire de baby-sitter et  une petite vie de squatteuse chez les petits consommateurs de haschich de la jeunesse argentée  parisienne. Pour une petite naissance dans la petite banlieue d’Aubervilliers à la maternité de la  Roseraie. A 18 ans, me voilà sur le chemin du devenir soi, d’une éthique de l’existence que le pouvoir  biopolitique contemporain ne cessera de tenter de casser. C’est peut-être cette tentative d’exercice  d’un pouvoir et d’un savoir qui lui est associé qui explique qu’à ce moment, un choix délibéré de  résistance aux traitements cliniques de l’institution scolaire et de l’institution familiale et le départ loin  de ces deux dispositifs disciplinaires majeures par choix biologique de résister à leurs injonctions  d’autorité. Les enserrements futurs promis par l’école parviennent à me convaincre que la vie par soi même, la liberté d’action et de micro-actions permettent peut-être d’advenir soi là où tous ont choisis  d’advenir l’objet, le sujet normal, normalisé, usiné dans la fabrique des individus contemporains, de  petits être qui ont admis que ce refus d’eux-mêmes, que ce contrat entre le déni de soi, le refus du  Sujet constituait le prix à payer de la survie en société organisée par des dispositifs de pouvoir auxquels  les savoirs sédimentés des sciences humaines ont légué des systèmes entiers de contraintes micro calculées qui tout en faisant perdre leur liberté d’action aux petits êtres humains insérés dans ces  dispositifs où les savoirs successifs ont permis cette mise au point de techniques de contrôle des gestes humains et de création d’êtres vivants modelés selon la forme voulue dans un comportements  préprogrammé, programmable et prévisibles et prévisionnels d’un environnement humain extérieur  où le petit être ainsi fabriqué saura s’insérer et se modeler pour être utilisé dans le dispositif de pouvoir  suivant. Peut-être par volonté ou par courage d’être moi, peut-être par refus de l’aveu d’une faute  interne que je sais non à apposer à ma responsabilité personnelle mais à mon caractère d’être pensant  et à même de créer sans forcément reproduire et résister biologiquement par la folie exprimée au  désir de ce monde de m’enserrer dans une fabrique des individus normalisante et normalisatrice où  toute capacité à créer s’avérait nié pour moi et pour les autres. Ce choix de rester dans la marge d’une  société usinant des êtres amputés de leur liberté créatrice est restrospectivement celui d’un être  résistant biologiquement et consciemment à des dispositifs de pouvoir désireux d’entraver l’être  pensant créateur que j’étais devenu trop jeune. 

Des années de pédagogies alternative des années 1970 avaient permis l’apparition d’un être agissant  et pensant de façon autonome à 5 ans, en 1986, et tout un système de dressage des consciences s’est  opposé d’un coup d’un seul à cette volonté créatrice et a tenté de l’enfermer dans une opposition à la conscience et aux actes à laquelle une résistance de fait s’est exprimée. Biologiquement, éthiquement,  et consciemment inadapté à une agrégation de dispositifs de pouvoir qui par leur usage du savoir et  des techniques qui y sont associées ont tenté de violer la liberté de pensée et d’action de la petite  Agathe normale mais pas normalisable face à des institutions normopathisantes. Le déclic de la  résistance biologique au traitement sociétal a peut-être débuté là pour prendre réellement forme  humaine à l’âge adulte quand à 18 ans je fais ce choix de la vie en marge dans les petits marchés noirs  des drogues parisiennes. Survivante d’un système réticulaire et organisé d’oppression dépouvoirisante  et désenserrée de ce totalitarisme étatique qui tente de s’imposer sur les petits êtres pensant et  agissants, je refuse d’avouer ma faute originelle de la pensance par soi pour soi et pour les autres et  choisi de vivre en parallèle de cette usine à travailleurs de bois. 

Survivante d’un système psychiatro-asilaire à ciel ouvert, biologiquement inadapté au biopouvoir  s’exerçant sur les consciences, à l’isolement sans contention dans un environnement humain  déraillant, la petite Agathe de 18 ans a choisi la vie et l’espace de la liberté de pensées quitte à vivre  dans la marge du système oppressif refusé initialement. Résistante au traitement sociétal, à 21 ans il  faut partir sur les routes pour la vie, la marginalité biologique commence à se déclarer. Voyage  pathologique de quelques mois, de Bordeaux à Marseille, de Bruxelles à St-Nazaire, de Blois à Paris,  dans une ambulance psy. Me voilà à présent intégrée au système pyschiatro-asilaire sans ciel ouvert :  l’hôpital Maison Blanche de Neuilly-sur-marne.  

Février 2001 : la petite résistante aux électrochocs de savoir et de pouvoir, fait une entrée sans fracas  dans la résistance aux électrochocs du pouvoir psychiatrique en pleine hospitalité générale parisienne.  

Le devenir sujet ou objet d’un dispositif psychiatrique qui se pose à moi, cette quête d’une liberté de  pensée réelle et effective, devient violence psychologique de l’institution qui cherche à redresser l’être  maléfique que je suis devenue par mon départ de la civilisation des travailleurs de bois. Le petit lutin  s’est rebellé et le système psychiatro-asilaire du biopouvoir à ciel ouvert est bien décidé à le remettre  dans ce droit chemin des petits travailleurs de bois où le petit lutin commence à faire trop de dégâts  chez ses congénères destinés à faire perdurer cette usine internationale alimentée par la fabrique des  normopathes locaux. Petit lutin éjecté de façon automatique par la fabrique des normopathes quitte  d’emblée l’usine internationale psychiatro-asilaire et doit à présent bien faire, dire faux pour réintégrer  ou quitter réellement l’usine où petit lutin a généré assez de sédition comme ça ! Mais petit lutin  Agathe est bien décidé à rester loin de cette usine internationale et fera son chemin loin des petits  travailleurs de bois dont la grande espérance de faire perdurer l’usine locale et internationale au péril  même de leur bois natif et constitutif d’eux-mêmes, quitte à retrouver sur son chemin du hasard de la  vie quelques petits travailleurs égarés dans les méandres de la pause syndicale de l’espérance des  lendemains heureux loin de notre fabrique des normopathes de bois et loin de notre usine  internationale où le petit lutin résistant à la normopathie ambiante arrive à suffisamment être lui même pour mettre quelques pansements sur les travailleurs de bois égarés sur le chemin de la  marginalité choisie. La résistance au traitement biopolitique de la fabrique de travailleurs de bois,  générerait-elle des lutins biologiquement inadaptés au fonctionnement de l’usine internationale  « monde contemporain » qu’elle relèguerait dans un système de redressement des consciences de  bois où les petits lutins marginaux seraient à même avec leur fabrique à pansements à les coller parfois  sur les jambes de nos petits travailleurs de bois ? Mais l’usine internationale et la fabrique des  travailleurs de bois n’ont pas dit leur dernier mot et cherchent encore à redresser petit lutin Agathe !  Et la voilà encore à travailler dans le numérique, dans le poker, dans les bibliothèques, à vivre de squats  en hébergements libertaires de 2005 à 2015… C’est au cours de ces dix ans de chemin sinueux que des  rencontres viendront affirmer deux nécessités : la compréhension de soi et du monde, l’écriture de soi et du monde et le besoin de comprendre les autres, leurs trajectoires de vie et l’urgence de dire vrai  sur le caractère fou de soi-même. Assumer ma part de folie pour en faire un pouvoir sur les autres et  les emmener à la rencontre d’eux-mêmes devient depuis 2015 ce qui fait de moi aujourd’hui une  survivante de la psychiatrie et une réelle activiste en santé mentale, l’élément perturbateur du  système qui le révèle à lui-même, ce qui fait que cette liberté offerte par la folie et son statut en  Occident rendent possible la liberté de la pensée tant recherchée initialement et la réelle part de vie  que je conserve pour redonner le pouvoir d’agir sur soi et sur les autres aux pairs mais aussi aux autres  personnes non concernées par la psychiatrie et le système social et sanitaire. Quand on réalise à quel  point on ne peut se changer que soi-même et partiellement les autres, il ne reste plus que des  personnes aux trajectoires de vie qui valent ce qu’elles sont, et ce qu’elles ont fait dans un rapport  entre leur action réelle et l’environnement humain qui s’est depuis toujours imposé à elles. Si la vie  est une suite de choix, d’essai-erreur-apprentissage, la seule marge de progression est soi-même. 

L’action sur l’environnement humain est la réelle marge de manœuvre que chacun ait pour changer  réellement quelque chose dans ce monde. En devenant et en restant survivante de la psychiatrie, il  s’agit de se changer soi pour parfois parvenir à changer quelque chose en les autres pour leur  permettre d’advenir à eux-mêmes et marginalement changer les choses. Devenir sujet extirpé des  dispositifs peu à peu me pousse à extraire ce qui chez d’autres bloquent cette extirpation et cette  reprise de pouvoir sur eux-mêmes et sur les autres.  

C’est dans ce sens que survivre à la psychiatrie peut rendre possible un mode de survivance de quelque  chose qui serait de l’ordre de l’être humain affranchi au maximum des contraintes libre de redonner  espoir et pouvoir d’agir à ceux qui les entourent. En ce sens rester survivante de la psychiatrie peut  rendre possible une forme d’espoir qu’un autre environnement humain est possible. C’est la résistance  aux traitements du biopouvoir qui me rendent aujourd’hui survivante d’une psychiatrie qui en croyant  redresser des individus, forme des objets du pouvoir psychiatriques à peine à même de réintégrer les  autres dispositifs de pouvoir de son système biopolitique et à jamais non-sujet de leur propre  existence. A cette alternative de rester condamnée au statut d’objet du pouvoir psychiatrique, j’ai  tenté la réintégration des autres dispositifs pour finalement rester survivante naviguant en direction  de mon propre sujet de pouvoir, forgeant sa propre gouvernementalité par la retroaction entre la  construction de moi en tant que Sujet recouvrant son pouvoir d’agir et la construction des autres en  tant que Sujet en passe d’être dans le devenir soi constant nécessaire.  

Finalement, la résistance au traitement du pouvoir biopolitique ne serait-elle pas la clé d’une  subjectivation réussie, la seule voie pour devenir soi en considérant et acceptant réellement que la  condition de marginalité désirée et non subie et le seul moyen de devenir soi et non un étranger à soi même.

3 thoughts on “Survivante de la psychiatrie à Paris

  1. Oui la psychiatrie peut avoir un rôle à jouer mais dans l horizontale elle ne doit pas aliéner….. Que dire du psy dont la seule action est de prescrire ? Où est l humain ds tout ça…. Et oui empathie pas sympatie😇

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Je ne l'ai jamais revu (épisode 2.7)

mer Oct 21 , 2020
Résumé des épisodes précédents : Accueillie à l’hôtel par l’homme qui l’a prise en stop, Anna reste quasiment mutique et sur la retenue. L’homme essaie de la dérider. Pendant mes méditations, elle s’était assise sur la  chaise en face de moi. Elle était restée totalement dans la  musique. C’est alors […]
%d blogueurs aiment cette page :