Réaliser ses rêves quand on est dit fou

1

Souvent quand un psychotique se prend à rêver, les gens autour commencent à paniquer. Comme si se projeter dans une autre vie dans un ailleurs dans un lendemain autre pouvait être le signe que le mal arrive. Comme si rêver c’était déjà délirer. Pourtant la psychose est aussi peut-être la réponse à cette fracture initiale des rêves et des aspirations profondes. 

C’est peut-être ce monde qui a dit non à ces ambitions pas forcément démesurées mais profondément ancrées qui a suscité des sorties du réel temporaires. La folie, ce petit mécanisme du trop-plein d’émotions, de l’éclatement de soi, de la sortie du réel par le fracassement, c’est aussi la réponse du corps à l’inadmissibilité du réel. Et cette inadmissibilité elle est forcément intimement liée à nos rêves pour nous mêmes. C’est à mon sens le nœud essentiel de cette sortie du monde et cette entrée dans les créations psychiques.

C’est ce décalage trop grand entre ce que l’on voudrait pour soi et ce que le monde nous réserve aussi qui fait sortir du réel. En ce sens, la psychose est la maladie de l’inconformité de ce que l’on veut pour soi et de ce que l’on peut pour soi-même. Alors on quitte ce monde, temporairement, violemment, avec la même violence que celle qui s’est imposée à nous.   

C’est ce décalage trop grand entre ce que l’on voudrait pour soi et ce que le monde nous réserve aussi qui fait sortir du réel.

Puis, après ces rêves déçus, il y a l’aspiration à être dans ce monde qui est contrariée par une société qui nous a relégué à l’institution psychiatrique, qui nous a confié à des soignants qui nous conseillent d’abandonner le peu de rêves qu’il nous reste. Comme si, s’oublier allait nous permettre d’aller mieux. On tombe dans une survie émotionnelle à ce que l’on est ; certains s’y perdront. A titre personnel, j’ai toujours tenté de réaliser quand même mes rêves, même si j’étais psychotique, même si il ne fallait pas.

Et ces petites réalisations sont de ces petits moments bienfaisants qui composent le bonheur. Pas un bonheur idéal et absolu mais juste l’addition de ces moments où l’on se sent bien. Il ne faudrait jamais abandonner ses ambitions pour soi, celles que la psychiatrie et sa société criminalise. Non, il faut les laisser se vivre pour peut-être par moments accéder à une forme de joie même fugace. Malgré les risques que cela implique selon l’environnement des fous, tenter de s’accrocher à leurs rêves est aussi important que pour tout-un-chacun. Pour vivre du bonheur momentané, pour devenir soi quitte à se brûler parfois. Cesser de vivre ne doit pas être une option même pour nous. 

One thought on “Réaliser ses rêves quand on est dit fou

  1. Agathe, c’est vrai que il ne faut pas abandonner notre part de rêve en ce qui concerne la psychose. Et tu as raison qu’il fait du bien de rêver. Juste aussi longtemps que ces rêves ne deviennent pas dangereux pour soi ou autrui. Je te dis ça car j’ai eu deux expériences très mauvaises quand jai essayé de me severer de mon traitement subitement et c’est pour cela que je ne suis pas prêt à recommencer.
    Mon idéal sera de me severer lentement dans un clinique où je serais en sécurité ainsi qu’autrui. Un médecin m’a dit que les Labos ne seront pas d’accord et que de toute manière ça coûtera trop cher…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Je ne l'ai jamais revu (épisode 3.0)

dim Oct 25 , 2020
Résumé des épisodes précédents : Anna a rencontré Mirko et ses chiens, s’est enfuie. Puis, elle croise la route d’un homme et de son frère Cyril qui vivent à l’hôtel. Après cette deuxième étape, elle reprend la route et le train pour une nouvelle rencontre. Gare de Tours Tous les […]
%d blogueurs aiment cette page :