Je ne l’ai jamais revu (épisode 3.2)

Résumé des épisodes précédents : Anna erre aux abords de la gare de Tours, où se trouvent un groupe de plus ou moins jeunes trafiquants.

Parce que oui, ce monde-là, il pouvait tout m’offrir,  il pouvait absorber mon ambition et me mener là où  mes pieds dorés devaient aller. Le travail, il m’aurait à  peine permis de vivre décemment. Une maison, une  voiture, rêve de toute une vie. Non, rêve qu’en un après-midi ou quelques heures nous récupérions ce que  le monde nous doit depuis si longtemps. Et puis,  obéir, non ! Je travaille pour moi, par moi et sans chef,  sans ordres. Ou alors des ordres de bonhommes pas  des ordres de minables qui ont fait quelques années  d’école de plus que moi.

Alors oui peut être que  j’aurais un grand au-dessus de moi mais, mon respect il le méritera, il  ne le volera pas. Et puis plus tard avec ma rage, ma volonté, son respect je lui succéderait. Mais tout ça, je  n’en parlais pas à Samir, il m’aurait cru inconscient.  

Ce jour là, il me quitta vers quinze heures, comme  toujours sans me dire pourquoi, laissant toujours le voile  du secret. Il m’avait expliqué que rester vague et  imprécis sur ce que l’on dit ou fait permettait de ne rien  dévoiler en cas de balance, mais qu’aussi, cette façon de  parler suscitait les fantasmes les plus fous dans l’esprit  des autres. On y gagnait la protection du silence et on  créait le fantasme sur soi, base de la réputation. Dire  sans avoir dit couvre et enjolive ce qui finalement n’est  parfois qu’un banal rendez-vous chez le dentiste.

Il m’avait expliqué que rester vague et  imprécis sur ce que l’on dit ou fait permettait de ne rien  dévoiler en cas de balance, mais qu’aussi, cette façon de  parler suscitait les fantasmes les plus fous dans l’esprit  des autres

Mué en un « j’ai des choses à régler », il devenait source  d’interprétation sur des activités dont on fait croire  qu’on ne peut parler. D’après lui, la réaction idéale avait  toujours une infinité d’interprétations possibles. Elle convenait aux bons et aux mauvais et répondait à tous  les fantasmes. La réponse juste c’était ni trop ni pas  assez, juste ce qu’il fallait pour contenter tout le monde.  Et il y avait toujours une réponse idéale, le tout était de  savoir la trouver à tout instant et sur le vif.  

Bref, cela faisait une bonne heure que j’observais de  loin les autres habitués de la place de la gare. Je méditais  sur les histoires que je venais d’entendre de Samir et  voyais chez eux la réalité miniature de ce qu’il venait de  me décrire. Je ne voulais pas les rejoindre, je me sentais  bien à l’écart, en spectateur curieux d’une réalité qui  s’éclairait peu à peu. Je voyais sans trop regarder, quand  une fille vint les rejoindre, une fille que je n’avais jamais  vue ici. Elle sortait de la gare et après quelques minutes  d’analyse de l’environnement, elle s’était dirigée vers  eux. Elle les aborda et parlait plus particulièrement avec  Stef. D’habitude, seuls des mecs viennent nous parler,  les filles ce n’est pas courant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Je ne l'ai jamais revu (épisode 3.3)

ven Oct 30 , 2020
Résumé des épisodes précédents : Quelques hommes trainent devant la gare. Anna vient d’arriver sur le parvis, elle s’approche d’eux. Intrigué par elle et commençant à m’ennuyer sur  mon banc, je me levais et partis les rejoindre. La jeune gonzesse ne  sembla même pas remarquer mon arrivée tant elle  était […]
%d blogueurs aiment cette page :