Se trouver soi-même en chemin

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Est-il possible d’apprendre par l’échec ou seule la réussite peut-elle nous enseigner la voie à suivre ? Au final, la réussite n’est-elle jamais que le résultat d’un échec surmonté ? L’expérimentation est-elle la base du savoir sur le monde ? Faut-il risquer de perdre pour apprendre de la vie ou simplement risquer de ne pas gagner peut-il le permettre ? 

Longtemps j’ai pensé, et ce fut un élément essentiel dans mes créations psychiques, qu’il existait deux voies : celle de l’apprentissage par la douleur et celle de l’apprentissage par le succès. C’est en voyant ces personnes (souvent par la télévision, le cinéma, l’art en général), à qui tout semble réussir. Ces gens qui se construisent des vies de réussite et de succès : une “Success life”, à l’image des “Succes stories”, elle m’ont longtemps envahies pour me rappeler que ma modique existence n’avait comme les gens normaux, rien d’exceptionnelle. Ces images de vies réussies laissent à penser que le succès appelle le succès. Elles laissent rêver à des modes d’existence où, les personnes seraient en mesure d’entreprendre et de réussir rapidement sans échec préalable.

L’échec préalable qui apprend sur la vie, c’est moralement répréhensible, c’est ce qui crée ces profils atypiques à fuir dans le monde du travail. Ou que s’il y a échec il n’est que relatif et absolument pas lié à la potentialité de réussite ultérieure voire un élément qui n’a fait que la retarder. Peut-être est-ce vrai dans le monde du matériel et de la technique… Mais je ne crois pas que l’invention ou la réussite technique et matérielle ne puisse advenir sans échecs préalable permettant l’appréhension des problèmes. 

Quand l’enjeu est la perte de soi à des degrés différents, on sait mieux, on se souvient mieux, on apprend plus vite et on intègre mieux que quand on risque seulement de ne pas gagner.

Et finalement, il en est de même pour les chemins de vie. Apprendre par l’échec est probablement la meilleure façon d’apprendre. Selon l’enjeu (vital ou minime), l’apprentissage n’est probablement pas le même. On ne retient souvent que ce qui nous a touché. Alors quand l’enjeu touche nos entrailles, on apprend probablement plus fortement. Quand l’enjeu est la perte de soi à des degrés différents, on sait mieux, on se souvient mieux, on apprend plus vite et on intègre mieux que quand on risque seulement de ne pas gagner. Probablement que le joueur de poker est plus efficace lorsque ses derniers jetons sont en jeu que lorsque son tapis est énorme et renflouable. 

Alors même si ce sont mes créations psychiques qui me l’ont fait entrevoir, je pense bien que le chemin de l’apprentissage de la vie par la souffrance et l’épreuve forge des personnes plus fortes, plus armées, plus conscientes d’elles-mêmes que l’apprentissage de la vie et de soi qu’offre notre société qui, par l’attribution de gratifications tente de former des personnes actrices d’elles-mêmes. En fait, ce n’est qu’en éprouvant qu’on apprend… Ce n’est qu’en se confrontant à un réel mythifié qu’il est possible de le connaître non pas sur le papier mais bien en soi, dans sa tête voire dans ses tripes. 

En quelques mots, il faudrait que notre monde permettent à chacun d’entre nous d’essayer la vie qu’il a rêvé pour savoir ce qu’elle est. Il faudrait que l’on puisse essayer même deux jours d’être pilote de rallye pour savoir ce que signifie ce que nous avons fait à la place. Pourquoi cantonner l’être humain à la morosité d’une activité unique qui le bride dans ses rêves et ses mondes intérieurs, pourquoi l’assigner en étouffant son potentiel créateur… Peut-être qu’un jour un revenu universel, une baisse des risques au changement de vie sera possible et ce jour-là, nous pourrons dire que nous donnons à chacun d’entre nous la possibilité de se réaliser lui-même, et d’entrevoir son identité humaine réelle… 

Pour l’heure, le fou le peut, mais peut-être n’y a-t-il que lui ou presque qui s’y essaye et qui parfois se trouve lui-même en chemin. 

2 thoughts on “Se trouver soi-même en chemin

  1. C’est une erreur que commet la société actuelle, de penser qu’apprendre égale souffrance. Dans une multitude de discipline, l’apprentissage mène vers l’excellence sans passer par une souffrance nécessaire et accablante. Certains experts s’accordent à dire que le jeu est le meilleur moyen d’apprendre, ce qui a été banni de nos classe élémentaire, héritiers d’un système ancien. Si l’on regarde, par exemple, le film whiplash, c’est un profond échec d’éducation d’arriver à un tel drame. Il est évident que le personnage principal n’arrivera pas à son but de devenir le meilleur batteur du monde en subissant la perversion narcissique d’un prof de jazz. Néanmoins, on peut constater que le batteur joue jusqu’au sang, mais il ne souffre pas, il joue !
    D’autre part, il est vrais que l’Homme est beaucoup plus performant quand sa vie est en jeu, on constate par exemple l’efficacité des Alliés pendant la seconde guerre mondial. Ce qui nous amènes à nous interroger sur notre efficacité en temps de paix. Comment retrouver la force de nos instinct de survie sans engager nos vie en permanence. Peut être que le jeu est là manière la plus heureuse de répondre à cette question. Je pense que les exploits de nos musiciens, sportifs et e-sportif sont des fers de lance de cette idée de l’éducation par le jeu.

    1. Je pense qu’il n’y a pas à choisir entre l’apprentissage par la souffrance ou l’apprentissage par es experiences positives.
      La vie se charge de ce choix pour vous. Et parfois, selon le moment ou l’événement (heureux ou malheureux), à ce moment là, vous serez armé, ou fragile, et votre façon de faire face sera complètement différente selon votre état.
      Mon expérience a été jalonnée d’épisodes heureux, mais trop souvent de souffrance. Aujourd’hui, suite à une ablation de la thyroïde, (donc la fragilité), lecpouds que je trainais, que je ne parvenais pas à surmonter s’est transformé en apaisement, et la résilience tant espérée à laquelle je n’osais croire, est là. C’était une affaire de chimie du corps finalement. Il a suffit de supprimer la cause de désordres hormonaux pour supprimer la cohorte des désordres physiques, émotionnels, organisationnels, etc..
      Mais ce que j’ai gagné par les epreuves traversées, cest justement la connaissance de ces souffrances, un regard empathique sur les autres, qui voit au-delà des apparences, et une capacité d’intuition qui me permet de trouver le mot juste pour apporter mon soutien à ceux qui se trouvent sur ma route et qui se débattent encore dans leur souffrance.
      Alors aujourd’hui, je suis reconnaissante de ce que j’ai pu vivre, même si c’est vrai, par moments j’aurais aimé plus de repos, de quiétude dans ma vue. Mais je me sens plus riche, plus complète. Je n’ai pas besoin d’imaginer seulement pour me mettre un tant soit peu à la place des autres. J’ai pu expérimenter, faire erreur, j’ai appris de mes erreurs. Je connais mieux ce qui fonctionne ou pas…. Et il va de soi que je ne compte pas garder le fruit de mon expérience et que mon objectif est de la mettre au service de ceux qui pourraient en avoir besoin. Car, sinon, oui, ces souffrances et ces épreuves deviendraient inutiles et je continuerais à regretter jusqu’à la fin fe mes jours les années « perdues ».
      La souffrance n’est pas une nécessité, mais il faut espérer avoir l’opportunité de la transformer en expérience utile, au même titre que les expériences dultra réussite.
      Et pour conclure, vous nimaginez pas, vous qui avez « tout » réussi, la saveur de la santé et des compétences retrouvées et acquises. Un vrai bonheur !

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