Une liberté créatrice

3

Il arrive à bien des gens de se retrouver face à une vie sans programmation précise du temps. Que ce soit par le chômage, la maladie, l’âge, ou quelque autre événement, parfois nous nous trouvons libres de gérer notre vie et notre temps. Mais gérer cette liberté et cette marginalité est un chemin long et parsemé d’embûches. Peut-être que le fou a quelque part la réponse pour cet apprentissage.

Conditionnés depuis notre plus tendre enfance à suivre un emploi du temps et à respecter un mode de vie et d’organisation de celle-ci remis à d’autres, se trouver face au vide de devoir gérer soi-même cet espace de temps en apparence infini requiert une solidité dont nous ne pouvons pas tous faire preuve. Cette liberté nouvelle à gérer est aussi vraie pour le fou qui erre de services médicaux en services sociaux jusqu’à l’épuisement des structures existantes. Pourtant, n’y a-t-il pas dans cette négativité souffrante que peut être parfois la folie une marge de manœuvre pour la réinvention de soi et de nos vies dans le monde ?

C’est vouloir sa position marginale plutôt que la subir aussi parfois. C’est se poser en créateur d’une éthique

Parce que sortir de la folie c’est aussi parfois sortir de cette idée qu’une vie « normale » est possible. C’est sortir de ce paradigme du travail et de la famille pour mieux se réinventer. C’est composer avec la persistance de certaines perturbations qui nous gêne pour réinventer un mode d’existence où l’on peut fonctionner. C’est vouloir sa position marginale plutôt que la subir aussi parfois. C’est se poser en créateur d’une éthique, d’une esthétique de l’existence, d’un mode d’être qui dessine une ligne de vie qui malgré ses fractures devient cohérente et audible. C’est réécrire son histoire en relisant le passé, comprendre sa position dans les relations aux autres de notre vie mais peut-être aussi dans ce monde et la société qui nous entoure pour réinventer une façon de vivre plus humaine pour tous.

Si le fou et les fous sont symptômes d’une société qui dysfonctionne aussi, peut-être qu’ils peuvent révéler ces rouages qui nous blessent tous. Peut-être qu’ils peuvent se créer pour eux-mêmes des modes de vie moins percutant moins traumatiques. Peut-être même qu’ils peuvent montrer par l’évitement de la souffrance profonde à tous ceux qui souffrent plus superficiellement, comment parer à ces violences et ces chahuts qui parfois le détruisent et qui entravent le plus grand nombre.

Retirer son potentiel créateur au fou, c’est quelque part le tuer. C’est ignorer que dans les marges se créent du vivant. Lui redonner sa place, c’est peut-être le laisser inventeur de façon d’exister non traumatiques, et porteuse de vies bonnes.

3 thoughts on “Une liberté créatrice

  1. Très inspirant votre propos Agathe ! Quelle belle philosophie !
    « Vouloir sa position marginale plutôt que la subir aussi parfois. C’est se poser en créateur d’une éthique »
    Revendiquer un mode de fonctionnement alternatif, se positionner en libertaire, ne pas s’enfermer dans un carcans décidé par la société.
    Notre potentiel créateur est porteur de merveilleuses expériences.
    Nous illuminons la grisaille des vies ternes.
    Nous transcendons la folie et en faisons une étoile polaire.
    Nous éclairons l’Univers!

  2. Au lieu de stigmatiser le fou rendons lui sa place dans la monde d autant plus que lui aussi à un cœur des sentiments des compétences de l humour etc etc il ne faut pas oublier que C est un être humain 😋

  3. C est le texte expliquant le plus clairement la nécessite vitale pour le corps social d’une politique inclusive depassant puissament et publiquement la vision médicale du trouble le plus fort et percutant que j’aies jamais lu§

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Du héros au fou vers l'homme

ven Nov 27 , 2020
Si les rencontres sont des éléments clés et moteurs dans la vie de tous, pour nous, pour les fous, elles s’avèrent peut-être encore plus importantes. Car lorsque la société nous a laissé sur le bas-côté et qu’il s’agit de réussir à penser que cette position est au moins partiellement, choisie ; […]
%d blogueurs aiment cette page :