Expérience et pair-aidance : d’où vient la lumière ?

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En philosophie, l’expérience peut être passive ou active. L’expérience passive met en jeu notre subjectivité idiosyncrasique, l’expérience active met en jeu une distanciation et affleure alors la conscience sur le moment même de l’expérience. 

L’expérience pour Freud est toujours passive et inconsciente et se révèle dans l’après-coup. Elle se révèle par la parole avec l’analyste mais surtout par sa verbalisation. Sur ce point, la vertu du témoignage est patente pour la formalisation intellectuelle de son moi propre et de son expérience. Sans cette intellectualisation de l’expérience, comment transmettre à l’autre ce qu’elle a transformé en nous ? D’autant plus que cette formalisation de l’expérience de vie permet parfois de se rétablir et surtout de se subjectiver et de parvenir à une forme d’être soi puissante.  

Sans cette intellectualisation de l’expérience, comment transmettre à l’autre ce qu’elle a transformé en nous ?

L’expérience nous transforme et transforme le monde, nous n’en sommes par ailleurs que partiellement conscient tant pour la philosophie que pour la psychanalyse et ne le sommes réellement que par la parole ultérieure sur ce vécu. L’expérience nous change et change les autres. Elle nous transforme consciemment ou non et permet a posteriori de voir ce qui évolue chez nous et comment. En ce sens, des savoirs se construisent en lien direct avec la conscience que l’on a de son soi propre. C’est par la dissection de soi-même et de son rapport à son vécu et son histoire que chacun peut devenir porteur d’un savoir sur lui-même formalisable et théorisable, voire applicable à d’autres. Mais l’expérience a aussi changé l’environnement et cette action sur l’extérieur peut aussi faire partie des savoirs expérientiels. Déterminer ce que notre expérience a fait au monde qui nous entoure peut aussi être considéré comme des savoirs expérientiels en ce sens. 

Ce sera toujours dans un après-coup exprimé, verbalement, artistiquement, par écrit, etc., que se crée le savoir expérientiel. Il ne peut être conçu comme un donné commun à toutes les personnes ayant éprouvé un événement. Il nécessite une conceptualisation ou tout au moins une conscientisation qui n’est pas un donné de départ, ni pour les philosophes ni pour les psychanalystes. Et c’est par ce travail de méthode de formalisation des savoirs expérientiels que viendra la lumière pour une réelle pair-aidance.

One thought on “Expérience et pair-aidance : d’où vient la lumière ?

  1. Cela me fait penser à:
    «Je cherche un homme»L’anecdote dont il est question va comme suit: «Ayant allumé une lanterne en plein jour, il [scil. Diogène] dit: “Je cherche un homme (ánthrōpon zētô)2”».
    «Avant de chercher l’homme, on doit avoir trouvé la lanterne. –Faudra-t-il que ce soit la lanterne du cynique?»Nietzsche
    Bien entendu le cynique Diogène n’est pas le cynique au sens moderne.

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