Savoir et pratiques des pairs : Subalternes de l’Evidence Based Medecine ?

Boaventura De Sousa Santos nous montre bien de quelle façon les savoirs scientifiques occidentaux sont promus en savoirs de vérité et d’autorité sur le monde. Dans ce cadre, les savoirs en santé sont au premier chef des savoirs concernés. 

Qualifier de façon condescendante ou stigmatisante les savoirs qu’elle dit profane, la science occidentale, à l’image des idées politiques contestataires face au pouvoir néolibéral, disqualifie les concepts qui vont à son encontre ou qui pourrait la remettre en question. Ainsi la médecine chinoise, les médecines de différents espaces du monde, pourtant parfois très efficaces mais non évaluées par l’Evidence Based Medecine, sont entreposées dans le champ des savoirs parallèles et “alternatifs”. Ces savoirs, Boaventura De Sousa Santos nous invite à les reconsidérer comme des sciences mais des sciences subalternes, délibérément délégitimées par le pouvoir. 

Cette disqualification, cette déligitimation dans la santé est d’autant plus forte que le pouvoir néolibéral est aussi un pouvoir biopolitique, un pouvoir sur la vie. Le savoir sur la vie doit donc rester l’apanage d’un pouvoir qui s’exprime par et pour la vie et le bios sur les populations. 

Pourtant, des médecines que le pouvoir occidental réfute restent des médecines actrices de la santé des populations.

Pourtant, des médecines que le pouvoir occidental réfute restent des médecines actrices de la santé des populations. C’est au sein des Suds (pays des Suds et populations subalternes des Nords) que se créent des médecines agissantes et efficaces que ce soit dans le soin somatique ou psychique. Que ce soit les médecines ancestrales et traditionnelles ou les pratiques de santé et de soin plus récentes. Dans cette optique, ne peut-on pas par exemple considérer l’auto support et les pratiques communautaires en santé mentale comme des médecines alternatives ou profanes pour le savoir médical occidental. 

Et n’est-ce pas finalement par leur caractère subalterne de ces pratiques de pairs entre eux basées sur les savoirs d’expériences (eux aussi subalternes pour la médecine occidentale), qu’ils ne sont que peu reconnus dans le système de santé mentale et qu’ils peinent à être admis en psychiatrie. Même s’ils poussent aux portes, les porteurs de ces savoirs et pratiques doivent envisager l’enjeu politique pour la science occidentale de les discréditer pour faire conserver au pouvoir celui qu’il a acquis sur la vie. 

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