Être pairs

Parfois la vie sans les interprétations prégnantes, sans les créations psychiques invasives reprend, souvent même. Et l’on se sent vivre comme tout un chacun. Et même si par moments les autres nous paraissent bien heureux avec leurs vies qui n’ont pas été entrecoupées de sorties du réel, qui n’ont pas été hachées par la psychose, ils ne nous sont finalement pas si étrangers. Seule leur capacité, inconnue pour nous, d’unité nous échappe. En un sens, il serait presque possible de penser et de dire que nous sommes redevenus comme eux. 

Et c’est dans ces périodes de vie plus calmes, plus tranquilles où l’on se sent à même de participer pleinement à la société que parfois le réel nous rattrape. Et pas forcément le réel de notre propre psychose mais celui de celle des autres. 

Et pourtant, c’est ce cri de rappel qui nous rend le plus fortement armé à aller vers un mieux, vers une acceptation de ce que nous sommes au fond.

Un choc violent arrive lorsque la psychose, la vie délirante de l’ami, du proche ou même parfois de la connaissance nous renvoie à la nôtre. Il nous dit qu’il est poursuivi, il nous dit que des gens traversent les murs tels le passe-muraille. En fait, il nous montre violemment ce que nous étions il y a encore peu de temps. Et là, il est impossible de se penser comme proche ou comme aidant. Non, nous avons connu la même chose, nous sommes pairs.

Cet événement indicible de se voir en l’autre se charge de nous ramener vers la réalité parfois. Une réalité de l’extériorité de la folie qui parfois nous pousse à nous nier nous mêmes pour ne pas voir ce que nous avons été ou pu être. Et pourtant, c’est ce cri de rappel qui nous rend le plus fortement armé à aller vers un mieux, vers une acceptation de ce que nous sommes au fond. Des êtres désunis, parfois démunis, et toujours en proie à une souffrance atrocement intérieure et tellement effrayante pour l’extérieur.  

Admettre le pair dans sa souffrance, c’est par effet miroir s’admettre soi faillible et tout aussi fou que lui. C’est commencer à entrevoir notre propre disposition à l’être, c’est commencer à s’admettre autant dans la stabilité que dans l’univers parallèle de la folie. Et cet effet, il ne peut peut-être pas se produire si il n’y a pas ce contexte favorisant l’identification. Il ne peut peut-être pas avoir lieu dans l’hôpital mais au dehors. Là où, nous nous sentons rétablis, et là où nous ne sommes plus habitué à notre “aller mal” potentiel. Quoi qu’il en soit, c’est par les pairs que s’entrevoir tel que l’on est devient possible, même si cela s’avère violent et douloureux, c’est par cet effet miroir que l’on peut un jour commencer à s’entrevoir sans couvrir la marmite de la psychose par un trou mémoriel et affectif.

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