Je ne l’ai jamais revu (épisode 4.1)

Résumé des épisodes précédents : Anna erre autour de la gare de cette ville de province. Elle va de nouveau croiser un homme vivant seul. Celui-ci se promène aux abords de la gare et vient lui parler…

Je n’avais qu’un ami. Je l’avais rencontré à l’hôpital  et nous étions restés liés, plus par absence d’autres  connaissances que par réelle amitié. Je le voyais  quasiment tous les jours, notre lien était aussi étrange  que notre maladie. Parfois, j’arrivais chez lui, il dormait,  m’ouvrait et se recouchait. Nous parlions très peu,  unissant nos solitudes. Toujours seuls à deux.  

Marchant dans la rue nationale, lieu de  prédilection pour mes promenades, je regardais les  magasins et les gens, tentant de percevoir ce qui faisait  notre différence. A force d’être en présence  uniquement de fous depuis plusieurs années, j’en  avais perdu la compréhension des normaux. Je ne les  cernais pas plus qu’ils ne me comprenaient. Je me  sentais bête curieuse au milieu d’une jungle citadine  dont l’hôpital était le zoo.  

Elle ne me jugerait pas. Je pris place à la table adjacente, tourné comme elle vers la rue. Elle sortit une cigarette et avant qu’elle n’ait eu le temps de sortir son briquet et moi de réflechir, je lui offrais le mien.

Passant devant un petit café à demi vide, j’aperçus  une fille assise seule plongée dans ses pensées.  Bizarrement, je me sentis très attiré par elle, elle ne  respirait pas cet air de mépris de l’être différent que  me témoignaient les autres. Elle ne me jugerait pas. Je  pris place à la table adjacente, tourné comme elle vers  la rue. Elle sortit une cigarette et avant qu’elle n’ait eu  le temps de sortir son briquet et moi de réflechir, je lui  offrais le mien. Elle accepta d’un merci un peu surpris  mais très légèrement soupçonneux. J’engageais donc  la conversation.  

– Je ne t’ai jamais vue ici, tu n’habites pas loin ?  – Non, je suis en voyage. Me dit-elle. 

La brièveté de sa réponse ne me paraissait pas  comme un rejet, mais comme une retenue face à mes  intentions.  

– Tu es chez de la famille ?  

– Non, j’étais chez un ami, mais j’ai dû partir : il  quittait provisoirement chez lui, il s’en allait.  – Donc tu repars aujourd’hui ?  

– Non, je vais à l’hôtel, j’ai rendez-vous dans trois  jours avec un ami pour partir au Maroc.  

– J’ai un grand appartement si tu veux. Tu peux  venir, me faire confiance, je ne suis pas malhonnête.  – Tu m’invites ?  

– Oui mais, tu n’es pas obligée de me répondre  tout de suite, réfléchis et on verra.  

– En tout bien tout honneur, je suppose ?  – Je ne sais pas. Que voulait-elle dire par là ? Je  n’avais jamais entendu dire ça, mais cela devait dire  que je serais respectueux et sans mauvaises intentions.  – En amis. M’éclaircit-elle.  

– Oui, naturellement.  

Avoir une fille chez moi, ne m’étais jamais arrivé  malgré toutes les tentatives que je pouvais faire. Si elle  me disait oui, cela me semblerait étrange, un peu  effrayant, mais une pulsion m’y poussait. L’inconnu  m’attirait, l’inconnue m’attirait. Je projetais de passer  la journée avec elle pour la convaincre d’accepter. Je  l’emmènerais au bord de la Loire, dans le petit parc  derrière l’université. Le climat y serait calme et nous  parlerions jusqu’à ce qu’elle plonge sur moi pour que je plonge en elle. Je devais lui plaire sinon elle aurait  immédiatement refusé ou serait partie à ma  proposition d’hébergement. 

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