Je ne l’ai jamais revu (épisode 4.2)

Résumé des épisodes précédents : Anna croise un homme sortant d’hospitalisation psychiatrique. Il l’invite chez lui.

– On se retrouve ici à dix-huit heures et on verra.  Me proposa-t-elle.  

Bien que surpris, j’acquiesçais, espérant que notre  brève entrevue de ce matin suffirait à la décider, que  ces heures où nous nous séparerions, ne nous  sépareraient pas éternellement.  

Toute la journée avant ce rendez-vous de ce soir  était du pur ressassement de questions. Je doutais,  espérais, oubliais, analysais des détails infimes, me  perdais dans mes déductions. Avait-elle simplement  joué le jeu pour se débarrasser de moi, puis disparaîtrait  ou avait-elle réellement des choses à faire. Préparait-elle  un coup avec quelqu’un ? Me tomberait-il dessus ? Non,  l’appel de la femme était trop fort. Sans téléphone  portable, j’étais astreint à fixer des rendez-vous de la  sorte, incertains et fragiles. Si elle avait besoin d’argent,  elle prendrait probablement le risque de venir chez moi,  mais si son ami venait plus tôt. Et si c’était faux cette  histoire de trois jours.

Ma solitude me plongeait dans  une angoisse que je ne parvenais pas à juguler seul. Ces  heures qui me séparaient de notre rencontre, ce soir là  furent horribles et infinies, infiniment horribles et  horriblement infinies. L’aiguille de ma montre avançait,  je la regardais tourner lentement, j’aurais aimé savoir  accélérer ce temps mais j’étais encore impuissant.  Incapable de porter atteinte au cours des événements. 

Obligé de s’y soumettre en silence. Puis dix-sept heures  quarante arrivèrent. Il me fallait me rendre au café de ce  matin, j’y serais peut être en avance, je montrerais peut  être ainsi ma faiblesse, mais peu m’importait. Une fille  chez moi, c’était trop beau.  

Je choisis la bière, c’était plus socialement discret. Sortir ma boite de médicaments m’étais trop honteux.

Aux abords du café, dix minutes avant dix-huit  heures, je scrutais les tables. Fallait-il que je prenne la  même que ce matin. Nous ne l’avions pas convenu. Je  m’y ralliais bien qu’elle fut occupée. Je me décidais à  attendre au comptoir qu’elle se libère. Pour me  déstresser, j’avais le choix entre un anxiolytique et une  bière. Je choisis la bière, c’était plus socialement discret.  Sortir ma boite de médicaments m’étais trop honteux.  J’étais incapable de ne pas scruter l’entrée à sa recherche. 

Mes émotions étaient toujours plus fortes que moi et  m’empêchaient de m’interroger plus sur l’image de moi même que je pouvais renvoyer aux autres. Tellement  envahi d’idées que je ne m’appartenais plus dès qu’il se  passait la moindre chose. Ce qui paraissait insignifiant  aux autres, me paraissait montagne. Bref, je ne me  maîtrisais pas, je vivais en constantes réactions à ce qui  se passe autour de moi, j’étais fou.

Les détails me  submergeaient, j’étais objet des ces sensations quasiment  continuellement, il se passait toujours des tas  d’événements minimes qui me bouleversaient. Mais on  les dit sans importance car d’autres n’y font pas  attention. J’étais peut-être hors normes, mais la  normalité, c’était peut être moi, même si nous sommes  en minorité. Nous étions jugé malades mentaux au regard de règles qui avait seulement le fait d’être la loi du  plus grand nombre pour se légitimer normalité. Mais si  la normalité n’était pas la norme…  

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