« Il est passé vite, le temps de l’ennui. »

Tournoiement des pensées, virevoltement des idées, malaise dans la voix, oppression latente mais toujours puissante, anxiété grandissante, me voilà folle. Le destin avait écrit un cheminement tortueux, une vie torturée par un cri. A présent dans cette chambre mortifère, dans cet espace clôt où je ne peux plus aller où bon me semble, je sais que je sortirai. Je sais qu’un jour je retrouverai ma liberté chérie. Celle qui me laissait vouloir et parfois même pouvoir réaliser mes rêves et mes désirs. Mais aujourd’hui je me sens sale, opprimée, peut-être salie par d’autres. Il allait falloir faire bonne figure devant ces compagnons de souffrances intérieures.

Il n’était que 6h. L’heure du petit déjeuner, c’était 8h30. Il allait falloir patienter entre ces quatre murs sans sortir de peur d’être remarquée par quelque surveillant de nuit un peu zélé. Parfois, sans qu’on comprenne trop pourquoi, leur motivation à se débarrasser de nous comme problème les poussait à nous placer à l’isolement. Pour que les cris cessent, pour que l’énervement se cache, pour que les émotions soient tues, il nous enferment une seconde fois, une deuxième prison dans la prison : l’isolement. Alors, mes cris intérieurs devenaient encore plus inadmissibles, renforcés par cette cage blanche, je ne pouvais sortir ni de moi ni tenter de me déplacer pour juguler cette envie furieuse de faire taire ces émotions intérieures ravageuses. Alors, je me tenais calme pour éviter cette petite mort émotionnelle et humaine qu’est cette affreuse cellule même plus capitonnée. 

Entraver intellectuellement mes mouvements pour ne pas souffrir m’était alors insupportable. Et pourtant il fallait tenir pour ne pas être entravée réellement.

Alors, je me retenais de bouger, je ne devais pas sortir de ces sept mètres carrés de chambre traditionnelle. Ce moment s’avérait bizarrement peut-être être l’un des plus difficile à vivre dans la journée. Entraver intellectuellement mes mouvements pour ne pas souffrir m’était alors insupportable. Et pourtant il fallait tenir pour ne pas être entravée réellement. Alors mes idées tournoyaient, et je me rappelais d’un moment vers mes vingt ans, où je m’étais dit au cours d’un moment d’onirisme éveillé, que d’autres appelleront délire ou bouffée délirante, je m’étais dit qu’avec cette nouvelle vie intérieure plus jamais je ne connaîtrait le désoeuvrement. Et j’avais malheureusement eu raison, la folie avait la pris la place d’une vie morne et insupportable de tristesse sourde. Elle avait tout envahi et m’avait aussi tiré de là finalement. Ces moments où, petite je n’avais plus d’envie, plus d’activité à laquelle prendre part s’était enfui. Aujourd’hui, mes pensées ne cessent plus, elles virevoltent sans arrêt, elles flottent dans ma tête sans me laisser de repos, elles m’assaillent sans répit. Il est passé vite, le temps de l’ennui. 

Agathe

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