Je ne l’ai jamais revu (épisode 1.2)

Résumé des épisodes précédents : Mirko, quarantenaire revenant depuis 3 ans de la guerre en ex-Yougoslavie est encore marqué par elle. Il survit grâce à un trafic de chiens.

Depuis que j’étais installé ici, les jeunes de ce quartier organisaient des  combats avec des paris, ce qui me permettait de vendre plus de chiens. Je les encourageais en ce sens car à  chaque chien mort, c’était un nouveau de vendu.  Chez nous, on avait cette tradition de les utiliser à  l’attaque, mais dans une optique guerrière, pas pour  des combats avec paris même si les deux se faisaient.  Mais ici, il n’y avait que les duels qui les intéressaient.  L’utilisation qu’ils en faisaient finalement…  m’importait peu. Ce qui m’intéressait c’était de les  revendre vite afin de ne pas voir à les nourrir trop longtemps, et aussi pour qu’ils ne grandissent pas  trop. Les maîtres les préfèrent toujours jeunes. 

Je vis la porte des caves ouvertes. Les chiens pouvaient partir.

Il était presque deux heures du matin. Le camion  devait arriver dans une heure et Bogdan n’était toujours  pas là. Je l’appelais mais son portable sonnait dans le  vide. Ania, ma tendre Ania, tentait de me calmer, mais  rien n’y faisait. Je me voyais déjà les transporter seul, un  à un. Je ne pouvais pas me permettre de demander de  l’aide aux livreurs, je ne les connaissais quasiment pas et  ce n’était pas les personnes avec qui je traitais vraiment.  Je tournais en rond dans l’appartement buvant bière sur  bière, de la Heineken, quand mon  téléphone sonna. C’était Bogdan, il arrivait. Une dizaine  de minutes plus tard, il était là et Ania rassurée.

Bogdan  était un ami fidèle. On s’était rencontré en Serbie, en  prison. On avait passé trois ans ensemble dans six  mètres carrés. Il avait dix ans de moins que moi, mais je  l’aimais beaucoup. Il était comme mon fils, un ami et un  fils. Je lui faisais confiance et comptais sur lui. Il m’avait  raconté toute sa vie. Moi, je ne disais rien de  moi, je n’aimais pas, mais lui il se confiait. Même  pendant la guerre et quand j’avais rencontré Ania, on ne  s’était pas quitté. Il avait encore sa famille à l’époque.  Mais pendant la guerre ils étaient tous morts, quand lui  et moi récupérions des maisons au Kosovo. Puis, nous  avions revendu les maisons et nous étions partis en  France lui, Ania et moi. Tout était à construire ici, mais  nous avions de l’argent. On s’était installé dans un  appartement vide trouvé par hasard, puis Ania avait été voir pour un appartement de l’état qu’elle avait réussi à  obtenir un an plus tard.

Bogdan et moi descendîmes au premier sous-sol. Je vis la porte des caves ouvertes. Les chiens pouvaient partir.

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