Je ne l’ai jamais revu (épisode 1.3)

Résumé des épisodes précédents : Mirko, élève des chiens dans des caves depuis son retour de la guerre d’ex-Yougoslavie. Ce soir, il réceptionne une livraison.

Bogdan et moi descendîmes au premier sous-sol  et là je vis la porte des caves ouvertes. On voyait les  cages et les chiens depuis l’escalier. Une fureur me  prit, je ne comprenais pas comment c’était possible.  Et là, je vis une nana assise en face des chiens,  complètement prostrée. Et cette fille restait dans ce  vacarme qui n’avait pas l’air de la gêner. Même  l’odeur était insupportable, je ne le sortais que pour les amener dehors et asperger d’eau le box du fond  qui servait de pissotière pour les chiens. Elle était assise dans  ce vacarme et cette puanteur et se leva dès que nous  sommes entrés.  

– Qu’est ce que tu fous là, toi ? Comment t’es rentrée !  Je regardais la serrure et me rendis compte qu’elle  avait été forcée. Elle avait osé faire ce qu’aucun des  lascars du quartier ne s’était permis. Mais elle se  prenait pour qui pour faire ça.  

– Je n’ai nulle part où aller, je me suis dit que je  pourrais passer la nuit dans les caves, mais je ne savais  pas qu’il y avait des chiens. Dit-elle.

Enfin, elle ne semblait pas ressembler à une voleuse, mais peu m’importait, elle n’avait pas à être là et il fallait qu’elle s’en aille.

On l’effrayait visiblement avec nos dogues allemands et  notre allure. Il est vrai que l’on avait le visage finalement marqué. Enfin, elle ne semblait  pas ressembler à une voleuse, mais peu m’importait, elle n’avait  pas à être là et il fallait qu’elle s’en aille.  

– Je ne pensais pas gêner quelqu’un, je cherche juste à dormir au chaud, j’en  ai marre d’être dehors.  

– J’ai passé quatre ans dehors ! Maintenant tu as  forcé ma porte et t’es avec les chiens. Déjà, si tu parle  à quelqu’un je te retrouve et t’es morte. Moi, je n’ai  pas peur de tuer, je t’envoie avec le camion  de chien et ici tout le monde t’oublie.  

– Je vais partir.  

– Non tu ne vas pas partir, on va regarder si t’as cassé la porte déjà, si tu l’as cassé, je te prends tout. Ce n’est pas compliqué, et de toute  façon tu te tais sinon je te retrouve.  

J’essayais la serrure pour voir si elle l’avait forcée  au point de la casser. Une tension terrible se lut sur  son visage lorsqu’elle me vit m’approcher de la porte  avec la clef. Elle avait compris et ne savait visiblement  pas si cela fonctionnerait encore. Je la regardais tout  en tendant ma main vers la poignée. Elle scrutait la  clef comme la providence. Je l’introduisais, essayais de  la tourner et là le verrou bougea normalement. Elle  soupira, me regarda cherchant mon approbation, elle  ne l’eue pas mais silence valait accord, alors elle prit  son sac et s’en fut, bien que nous lui bloquions le  passage avec nos chiens. Elle passa devant eux sans  peur, Bogdan et moi semblions pour elle beaucoup  plus inquiétants. Elle se faufila et sorti de l’immeuble.  Je la vis s’éloigner de la cité à pieds.  

Je ne l’ai jamais revue… 

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