Je ne l’ai jamais revu (épisode 2.0)

Résumé des épisodes précédents : Mirko, le serbe revenant de l’ex-Yougoslavie, éleveur de chiens, chasse notre héroïne d’un cave où elle s’était réfugiée. Elle reprend la route.

Je trouvais cette musique à la radio de plus en plus  abrutissante, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’en  mettre en voiture. Ça faisait partie de ces habitudes qui  ne nous satisfont plus mais dont on ne peut pas  parvenir à se défaire. Elles ne nous apportent pas de  bonheur mais en être privé paraîtrait un malheur.  Probablement était-ce ça le vice de notre société  moderne. Peut-être était-ce là le supplice des nantis :  dépendre de détails matériels à peine susceptibles de  contenter. Mais si je n’appréciais pas la musique, rouler  de nuit sur ces boulevards quasiment vides restait mon  plaisir. Il me semblait que le monde m’appartenait  quand je filais entre les phares. Vingt et une heure  quinze. Les rues sombres, luisante de la pluie du jour.  L’eau qui fait briller la nuit. Mes phares qui font briller la  nuit en réalité noire.  

J’étais sorti sans but précis, n’ayant plus rien à faire,  seul dans ma chambre d’hôtel. Bientôt, deux ans que j’y  vivais. Murs gris, sans la décoration que j’aurais pu y mettre. Les carreaux aussi étaient gris. Cyril aussi était  gris, tout était gris, et moi j’aimais le noir. Un noir  finalement propre. Plus que cette saleté ambiante que  j’aurais rêvé de quitter. Mais il me fallait rester encore.  Cette chambre m’asphyxiait. J’allais dehors.  

Et finalement, j’étais probablement sorti chercher l’aventure. Parce que l’exceptionnel, l’inattendu c’est toujours dehors.

Et finalement, j’étais probablement sorti chercher  l’aventure. Parce que l’exceptionnel, l’inattendu c’est  toujours dehors. Chez soi, on ne découvre jamais rien.  J’étais passé chez Etto une heure plus tôt. Il était  normalement dans son squat avec Rachid à s’enfumer,  mais là non. Qu’est-ce qu’on allaient bien pouvoir devenir, des mecs comme nous à quarante ans ? À la réflexion ça  m’importait peu, même si le temps passé ensemble avait  comme scellé des liens entre nous. Drôle comme  l’amitié peut découler de relations superficielles parfois.  Je me sentais proche d’eux, plus par des heures passées à  ne rien dire qu’à réellement parler. La complicité qui  s’était créé finissait par être plus forte qu’une amitié où  l’on dit. Peut être était-ce là le propre des hommes… au  contraire des femmes.  

Quoi qu’il en soit, Etto n’était pas là ce soir, il  avait du sortir avec Rachid, sûrement faire des courses  à Auchan ou chez le dealer. Parce que finalement, ils  ne faisaient plus que ça maintenant.

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