Je ne l’ai jamais revu (épisode 2.7)

Résumé des épisodes précédents : Accueillie à l’hôtel par l’homme qui l’a prise en stop, Anna reste quasiment mutique et sur la retenue. L’homme essaie de la dérider.

Pendant mes méditations, elle s’était assise sur la  chaise en face de moi. Elle était restée totalement dans la  musique. C’est alors que Cyril est arrivé. Son entrée la  sorti de son délire dans l’instant. Elle s’est redressée et  lui avait lancé un grand sourire. Passant d’une expression  de haine à une expression d’affection en quelques  secondes. Elle commençait à m’effrayer un peu.  

– Cyril, mon petit frère. C’est une fille qui ne sait  pas où dormir, je lui ai proposé de rester là le temps  qu’il lui faut. Annonçais-je à Cyril qui de toute façon  n’avait pas son mot à dire. L’aîné c’était moi.  

– Enchanté.  

Cyril était toujours gêné face aux filles et même face  aux gens en général. Il lui avait dit ça en regardant par  terre et en lui tendant sa main à serrer. Ravie de cette  timidité, elle lui offrait un regard très doux. Elle  changeait totalement de comportement selon les  personnes à qui elle parlait mais sans malhonnêteté, je  crois, elle n’ouvrait son cœur que si la situation était  sans danger. Plus ça allait moins j’avais envie d’elle, et  puis finalement je m’étais habitué à Cyril. 

On a discuté un moment tous les trois pendant  que Cyril mangeait. Puis il commençait à se faire tard.  On avait qu’un lit à deux places et pas de canapé.  Fallait qu’on dorme tous les trois. On allait être serrés….  Cyril s’était couché, je fis de même laissant une place  entre nous d’eux pour la fille.  

– Viens, il reste de la place lui ai-je dit.  

– Non, merci, je n’ai pas sommeil. Je vais rester là.  Dit-elle.

Elle était toujours sur sa chaise les genoux surélevés.  Les pieds posés sur les barreaux. Les bras sur les cuisses.  Les mains jointes.

Elle était toujours sur sa chaise les genoux surélevés.  Les pieds posés sur les barreaux. Les bras sur les cuisses.  Les mains jointes. Réflexion profonde dont il paraissait  impossible de la sortir. S’était mise dans son monde  quand on s’était couché. Elle allait passer la nuit assise, ainsi  à penser. Je l’observais un moment, pensant qu’elle allait  finir par nous rejoindre. Mais non elle n’avait pas bougé de  la nuit.  

Au matin, elle n’avait même pas l’air fatiguée. Je  ne sais pas si c’était la coke ou je ne sais quel truc mais  elle n’avait pas dormi de la nuit et était en forme dès  le matin. En me réveillant, je lui ai adressé quelques  mots mais elle était encore dans ses pensées. Puis, elle  en est sortie et s’est mise à me répondre un peu. Si au  début, elle parlait beaucoup, c’était allé en décroissant  heures par heures. J’initiais tout de même la  conversation sur la mort d’un mec du quartier. On  avait retrouvé son corps meurtri sur les voix ferrées.  

– Tu as entendu parler de ce mec mort, qu’ils ont  retrouvé lundi ?  

– Non. 

– Roué de coups, traces de sévices sexuels et  autres. C’est grave maintenant, faut plus se mettre  dans des histoires.  

Mutisme.  

– Quand j’étais petit, c’était moins comme ça. Ou  alors, c’est moi qui ne le savais pas.  

Mutisme.  

– Et ils savent qui c’est ?  

– Oui, mais je n’ai pas retenu son nom. Avi… je crois.  Mutisme encore plus profond.  

– Et ils savent qui a fait le coup ?  

– Un règlement de compte, ils disent. Il avait une  croix scarifiée dans le dos. Tarés les mecs qui ont fait ça.  Larmes qui coulent lentement le long de ses  pommettes, visage inexpressif.  

– Tu es sûr qu’il avait ça dans le dos ?  

– Oui, sûr.  

– Je vais partir.  

– Et pour aller où ?  

– Je ne sais pas, ailleurs.  

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