Je ne l’ai jamais revu (Épisode 2.6)

Résumé des épisodes précédents : Après la fuite face aux chiens de Mirko, Anna se retrouve dans la voiture d’un homme. Elle le suit jusque chez des amis à lui et même jusque chez lui…

Bon cette fois-ci, je ne lui ai pas ouvert la portière.  Après tout ce n’était pas une nana qui avait besoin de  ça. Et moi, pas un mec qui n’aimait pas faire ce genre de  truc. De toute façon, elle semblait très sûre d’elle et se  dirigeait plus vite que moi vers la voiture. Elle ouvrit  la porte toute seule comme une grande. C’est dingue  comme les gens peuvent rapidement prendre leurs  habitudes sur des choses qui ne leur appartiennent  pas. Bref, on repartait vers l’hôtel. Je lui ai brièvement  demandé si elle aimait bien mes potes. Elle m’a assuré  que c’était le cas. Mais quelque part le climat entre  nous avait été brisé par leurs séances de drague  intempestive. C’était un peu comme si elle m’avait  trahi ou m’avait dit qu’elle n’était pas pour moi.

Je sentais qu’elle les préférait et j’étais devenu le bon  copain. Elle instaurait peut-être ce climat pour tromper ma  vigilance, me parlant comme un mec qui en avait  rencontré d’autres mais de toute façon je ne suis pas  un violeur. Je n’avais absolument pas l’intention de  l’agresser. Mais sous des dehors confiants était en  réalité très craintive pour être aussi. Quelque part, ça  me touchait. Ça me faisait de la peine. Je n’aurais pas  pu me montrer aussi odieux avec elle que j’avais pu  l’être à certains moments avec d’autres filles.  

Mon frère devait sûrement être rentré. Rien à  craindre de lui, il était totalement sous mon contrôle et  ne demanderait rien. A peine s’il oserait la regarder. Je  garais la voiture et conduisais la fille dans notre  chambre. Elle avait accepté de passer la nuit chez moi.  Ça ne me dérangeait pas qu’elle reste plus longtemps,  même si plus le temps passait, plus je sentais que rien ne  serait possible volontairement. J’ai ouvert la porte. Finalement il n’y  avait personne. J’ai offert à manger à la fille. Il me restait  du taboulé au frigo. Elle l’a dévoré puis m’a gratifié d’un  merci étrange, elle ne voulait pas être redevable.

Ça ne me dérangeait pas qu’elle reste plus longtemps, même si plus le temps passait, plus je sentais que rien ne serait possible volontairement.

On  n’avait pas de télé, alors je lui ai proposé de la musique,  elle a accepté et a sorti de son sac des disques, les a mis  dans la chaîne. S’est assise sur la chaise. Je m’étais mis  sur le lit espérant qu’elle m’y rejoindrait, bien que mes  espérances soient décroissantes au fil des minutes. Mais  finalement ce petit être me touchait. Je n’aurais pas pu  lui faire du mal, même si je n’ai jamais admis cet état de  fait ouvertement. Je finissais par voir comme une agression un désir qui n’était que généreux au départ. 

C’est elle qui me faisait voir les choses comme ça, en se  comportant comme elle le faisait. Elle sous-entendait  tellement dans ses propos. Montrait une telle antiféminité que le sexe paraissait une agression. Elle n’avait  pas l’air d’une lesbienne mais d’une fille qui refuse toute  relation avec un mec. On aurait dit que lui proposer  d’aller plus loin aurait été une insulte.  

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