Je ne l’ai jamais revu (épisode 2.9)

Résumé des épisodes précédents : Anna a quitté l’homme, son frère et leur chambre d’hôtel. Elle est parti sans prévenir, et se retrouve seule dans les rues vers un nouvel ailleurs.

J’avais fuit, fuit par peur de la mort, fuit la  mort de tout ce que j’avais au monde. J’avais fuit aussi peut-être la présence, l’omniprésence de ce qui  pour moi était encore tout, ce tout qui signifiait que je ne  n’avais plus rien. Les rue étaient désertes, il faisait nuit noire, et je marchais hébétée, hagarde encore une fois.  Il me fallait retourner en campagne, loin, loin de cette  ville que j’avais tant aimé et qui m’avait si violemment  trahie. Je sentais comme une trahison ultime, comme  si tout s’était joué de moi, comme si tous s’étaient  joués de moi. Des images de ce passé incisif me tourmentaient, elle m’envahissaient par moments, je perdais pied je crois. Mais je devais partir et me trouver une autre vie.

Une page se tournait malgré moi, cette page me  tuait à chaque pas. Il allait falloir commencer une nouvelle vie sur  ce vide béant, sur cette plaie à jamais ouverte il me  semblait. C’est cruel comme la présence pèse si peu face à  l’absence. J’avais la sensation de naître seule à ce  monde nouveau. Dans un monde où plus personne n’existait pour  moi, où seuls mes pas se gravaient dans le marbre de  ma souffrance. Sur le chemin de Compostelle de mes  péchés passés, sur un chemin tortueux qui devait m’attendre, je prenais la route. Je partais comme si quelque chose m’attendait encore…

Mes souvenirs me paraissaient peser plus lourd encore que ce maudit sac plein des objets que la vie ne m’avait pas volé.

Mes souvenirs  me paraissaient peser plus lourd encore que ce maudit  sac plein des objets que la vie ne m’avait pas volé.  Plein de ces souvenirs que je devrais perdre à  l’avenir pour construire à nouveau sur du vide. Sur ce  vide sidéral que serait à présent mon passé pour  quiconque me connaîtrait.  

Tellement de tristesse que je ne pleurais plus,  tellement de larmes que je ne criais plus, tellement de  mal que je mes pleurs ne tariront plus. Tellement de  haine tout à coup que j’aurais tué sans pleurer en l’un  de ces premiers jours où plus rien ne me connaissait,  où plus rien d’ici ne me connaîtrait à nouveau.

Je marchais de Bagnolet à la gare d’Austerlitz,  dans cette nuit glacé qui me paraissait à peine fraîche.  J’aperçus le clocher de la gare de Lyon à une heure du  matin. Je traversais le pont et arrivais dans cette gare  pour le sud, vide, évidée en son dôme suintant  le gris de la ville lumière. Et j’y marchais à tâtons,  observant en quête d’une absence humaine. J’errais  devant la gare jusqu’au matin, fuyant âme humaine  comme pour déjà mourir pour elles. Puis vers cinq  heures ou six heures, le premier train partait. Me voilà  partie, partie pour une province que je ne connaissais que  par les séries télévisées des chaines publiques le  samedi soir.

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