Je ne l’ai jamais revu (épisode 3.0)

Résumé des épisodes précédents : Anna a rencontré Mirko et ses chiens, s’est enfuie. Puis, elle croise la route d’un homme et de son frère Cyril qui vivent à l’hôtel. Après cette deuxième étape, elle reprend la route et le train pour une nouvelle rencontre.

Gare de Tours

Tous les jours je venais ici. Toute ma vie reposait  sur cette gare en fait. Mon existence ne tenait qu’à ce  va et vient continuel. Elle était suspendue à ceux qui  allaient et venaient. C’est là que je faisais les trois  quarts de mes affaires. Si un jour, tout le monde avait  décidé de la déserter, si un jour elle disparaissait en  fumée, je n’aurais plus qu’à dériver. Je perdrais tout ce  qui pouvait m’accrocher à cette réalité fragile. Tout ce qui me tenait à ce  petit univers dont je posais une pierre chaque jour, un  petit univers qui était le mien et qui pourrait faire de  moi quelqu’un.  

Encore jeune, je vivais de petits  trafics qui, je l’espérais deviendront grands. J’avais fait  d’importantes rencontres à cet endroit, et je ne  désespérais pas de me servir de ces petits délits pour  glisser vers un banditisme plus sérieux, entre autres par les  relations que je m’y faisais. J’espérais bien ne pas avoir à  passer par la prison pour faire des connaissances et  garder le pavé devant cette gare pourrait me le permettre. Chaque jour, de nouvelles têtes y  apparaissait, intéressantes ou non pour moi et mon  avenir, mais j’y avais déjà fait des rencontres. 

J’apprenais par la vie par la vie des autres. Je vivais par procuration  un destin que je comptais m’épargner pour celui de  certains, que je comptais embrasser pour celui d’autres.  Cette phase d’observation était importante pour ne pas  faire les erreurs des plus vieux et rapidement atteindre  mon but. J’étais encore un petit dans les affaires. Mais, je  gagnais déjà pas mal en achetant à Paris et en revendant  en province. J’avais commencé par du haschisch acheté  à la capitale et revendu ici, j’avais là-dessus une marge  importante, je multipliais par deux ou trois en jouant  sur la différence naturelle de prix, mais aussi en  détaillant un peu. 

J’apprenais par la vie par la vie des autres. Je vivais par procuration un destin que je comptais m’épargner pour celui de certains, que je comptais embrasser pour celui d’autres.

Puis j’avais fini par glisser vers les  téléphones portables en achetant et revendant, je gagnais  moins que par le vol direct mais il y avait aussi beaucoup  moins de dangers. Se faire avoir en volant directement  était fréquent alors que passer d’une ville à l’autre ne  comportait aucun risque. En le faisant à petite échelle  par petits coups successifs, je pouvais écoper au plus  d’une amende. Diminuer au maximum la prise de  risque était mon leitmotiv. Même si on aurait pu  prendre ça pour de la peur, cela n’en était pas et je  préférais les profits sûr et durables aux coups ponctuels  plus dangereux et moins fiables. Les revenus plus faibles  mais plus réguliers, m’intéressaient plus. 

Et puis il fallait  bien le reconnaître, user de mon arme m’effrayait  encore un peu. Elle restait généralement chez moi, je ne la prenais qu’en cas de nécessité, ce qui n’est pas  forcément le cas de tout le monde. Le gros braquage  dont il rêve tous, cela n’était pas pour moi. Alors oui, je  le justifiais par les risques inconsidérés, mais c’est vrai  qu’il y avait aussi l’angoisse et finalement je n’en aurais  peut-être pas été capable. Mais non, j’aurais pu. Mais je  n’étais pas du genre à tout risquer. Il me fallait gravir les  échelons lentement mais sûrement. Comment aurais-je  été avec mon arme au poing dans une banque ou Dieu  sait où à menacer des gens, presque aussi effrayé qu’eux.  J’aurais tremblé, tiré et le rideau noir serait tombé. Non,  je pourrais le faire mais bon, à quoi bon ? Pour finir  mort ou enfermé, ça ne valait pas le coup. Mais  finalement, prudence est mère de sûreté, surtout à long  terme  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Next Post

Je ne l'ai jamais revu (épisode 3.1)

mar Oct 27 , 2020
Résumé des épisodes précédents : Anna a fuit, fuit le serbe et ses chiens, fuit l’homme à l’hôtel. Sur les routes en province une nouvelle rencontre l’attend. Depuis ce matin, il n’y avait pas grand monde,  j’étais près de la fontaine avec Samir, une nouvelle  connaissance pour moi, il avait […]
%d blogueurs aiment cette page :