Essais de bourgeoisie bohème parisienne

Il est de ces livres, bien écrits, qui dessinent un portrait sociologique de leur auteur plus que de ceux qui l’entourent. Si les autres restent une contrée inexplorée et probablement inexplorable pour Marius, il se perçoit lui-même avec une grande lucidité. Se voyant avec une clairvoyance aussi importante que ne doit l’être sa souffrance, cet itinéraire d’un bobo parisien dans les arcanes de la psychiatrie nous en dit aussi long sur lui que sur la vision que son milieu d’origine peut avoir de ce système semi-carcéral qu’est Ste Anne et où il ne peut décemment trouver sa place. 

Ce livre me fait penser à cette chanson de Fauve, “Ste Anne”, qui reprend elle aussi l’itinéraire d’un bourgeois bohème parisien dans cette psychiatrie assassine. Démontrant l’essence même de ce que peut être un bourgeois perdu dans les ruelles sombres et destructrices d’un Paris voleur d’âmes, ces deux artistes nous rappellent la noirceur de cette ville lumière. 

Vrai parisien comme la capitale en porte aujourd’hui, Marius pousse à l’extrême ce visage d’un Paris débauché et débauchant, tuant les âmes les plus douces, écrasant les enfants et les adolescents sous sa violence insidieuse.

Vrai parisien comme la capitale en porte aujourd’hui, Marius pousse à l’extrême ce visage d’un Paris débauché et débauchant, tuant les âmes les plus douces, écrasant les enfants et les adolescents sous sa violence insidieuse. 

Quant aux autres et à l’hôpital, ils sont à la fois durs et doux. Les autres le rassurent, ils lui rappellent qu’il reste un élément de notre humanité commune où finalement contre toutes attentes chacun a une place. L’hôpital Ste Anne lui semble un cocon par rapport à la violence sourde de la place Pigalle. Presque un refuge moins invivable que le dehors. Et pourtant, c’est un lieu où ses habitants restent finalement apeurés mais dans un cadre. Un cadre du tableau brisé au dehors dans les rues. 

Et si Marius voit les autres, Fauve ne les chante pas. Mais dans les deux oeuvres, le même lucidité sur soi, la même violence de la parole sur soi-même, la même cruauté du monde pour le jeune bourgeois né à Paris. 

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