Je ne l’ai jamais revu (épisode 4.0)

Résumé des épisodes précédents : Anna est sur les routes, en fuite. Son chemin croise celui de Mirko, le serbe éleveur de chiens, celui d’un homme hébergeant son frère, celui de petits trafiquants aux abords d’une gare. Mais à présent, il lui faut songer à trouver un lieu de vie plus ou moins pérenne.

Trois jours que j’étais sorti de cet hôpital  psychiatrique qui me rendait fou. Libre, effrayé de  cette liberté qui me laissait seul, seul responsable de ce  qui advient. Toute cette vie me faisait peur. Je devais  me fixer des règles, m’y tenir, mais j’en étais  totalement incapable.

J’avais dû manger deux fois  depuis ma libération, dormir une fois et me laisser  mourir mille fois. Finalement, j’attendais la mort,  incapable de m’assumer, encore moins de travailler, j’errais dans la ville, sans savoir où j’allais, pensant à toute vitesse, abattu. J’étais déjà mort de n’attendre  qu’elle. Combien de temps me faudrait-il tenir pour  qu’elle vienne ? Je n’étais même pas capable de la  provoquer. J’avais essayé sans succès.

Prisonnier de  mon instinct de survie. Il me condamnait à  perpétuité, il me tenait et me forçait à vivre cette vie  que je haïssais. Il me rappelait que nous n’étions que  des animaux, programmés pour vivre à tout prix.  Comment cette pulsion de vie se tairait-elle ? 

J’étais un être vivant, jouet de cette force qu’est la vie. Force qui me rappelait chaque jour mon impuissance sur moi même.

Consciemment je voulais disparaître, mais chaque fois  que je le tentais quelque chose me retenait, ce cruel  réflexe de préservation de soi. J’étais un être vivant,  jouet de cette force qu’est la vie. Force qui me  rappelait chaque jour mon impuissance sur moi même. Otage du règne humain. La nature était cruelle  de me retenir ainsi. Peut-être un jour, serais-je plus  fort qu’elle. Peut-être parviendrais-je à me libérer de  ce fardeau, de mon esprit et de mon corps. Énergie  vitale, toujours présente pour me forcer à continuer  de subir ce diktat biologique. J’étais jeune, la mort me  fuirait-elle longtemps comme cela ?

Rien ne me  réjouissait, je pourrais mourir enfermé dans ces  prisons blanches que cela ne changerait rien pour  personne. Sauf pour moi, je serais libre, libre de ne  plus être là. En attendant, je parlais sans voix, je  souriais sans joie, je me perdais sans lois.  

Ce matin, j’allais sortir et me promener encore sans  but. Beaucoup de gens de mon quartier me croisaient à  toute heure, et se demandaient quel genre de marginal  j’étais. Je sentais leur étonnement mêlé de jugement, sur  ce pauvre jeune homme égaré. C’était involontaire mais  comment pourraient-ils savoir.

Parfois me prenais  l’envie d’aller leur parler, de leur expliquer que je n’étais  qu’un simple fou. Je voulais me justifier, expliquer que je  n’étais pas un fainéant vivant aux crochets de l’état ou de  quelqu’un mais bien un inadapté à la vie. Impuissant à  vivre, impuissant à mourir, une ombre, une statue, un  objet de plus sur la terre. 

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