Psychiatric star système

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Il est de ces mouvements sociaux, de ces groupes activistes qui pêchent par leur engagement trop fort, ce n’est pas la première caractéristique du mouvement des pairs français. Nous assistons maintenant à l’apparition de stars de la pair-aidance. Usagers modèle, ultra rétablis, ultra intégrés socialement, croyant avoir délaissé le stigmate social pour une parure de réussite. Self-made mans de la santé mentale, autoentrepreneurs d’un destin tellement difficile au cours duquel tels Ulysse ils ont bravé les dangers et réussi à se relever. Se relever d’un gouffre où d’autres sont tombés, mais surtout, ils sont parvenus, parvenus à redevenir des citoyens pensent-ils. 

En délaissant la masse “irrétablissable” sur le bas-côté, en exposant tel une réussite un assujettissement profond au néolibéralisme et à la lourde concurrence entre les individus pour l’aliénation des masses, ils alimentent et servent d’argument à cette psychologie positive devenue devoir pour l’homme de se conformer à un environnement violent. Pas de remise en question de cet univers cruel que sont devenues nos sociétés, non thérapie d’acceptation de cette violence structurelle faisant porter sur la personne le poids des défaillances d’un système humain les ayant brisées. 

Alors non, le rétablissement ce n’est pas oublier les autres pour s’oublier soi. Non, c’est une quête de soi dans un monde qui nous entoure.

Alors non, le rétablissement ce n’est pas oublier les autres pour s’oublier soi. Non, c’est une quête de soi dans un monde qui nous entoure. Ce n’est pas ces thérapies qui régulent les comportements, les conduites et tentent de rendre positive des expériences d’exclusion sociale et de violence endémique sourde.

Et si aujourd’hui, apparaissent chaque jour de nouvelles starlettes du rétablissement, figures de proue d’une psychiatrie qui a écrasé précédemment mais qui en bon maître donne maintenant des faveurs au bon esclave soumis, une santé mentale qui exploite cette humiliation passée en s’engouffrant dans la faille narcissique de l’opprimé, ce n’est pas parce que les gens sont stupides ou faibles face à l’oppresseur. C’est aussi je l’espère parce que cette situation marginale, cette présence dans un mouvement de pairs est fortuite, involontaire. On ne s’engage pas en psychiatrie, on s’y retrouve et l’engagement militant, les notions de solidarité et de collectif voire d’autonomie face à l’institution et à la société ne sont pas dans ce cas présupposées à l’action mais conséquente de l’engagement. 

Alors je me prends à rêver qu’un jour, les marginaux psychiatrisés prendront conscience de ce pas à faire encore vers un travail, une pensée et une action commune, peut-être quand les blessures seront moins vives mais surtout quand elles ne seront plus exploitées parfois sciemment des deux parts. 

3 thoughts on “Psychiatric star système

  1. Si une personne devient ‘célèbre’ par son témoignage de sa façon d’être sortie de son enfer, c’est que cette personne fait écho chez d’autres. Plus cette ‘célébrité’ sera répandue et plus l’impact sera grand.
    Comment quelqu’un qui reste dans l’ombre peut il aider l’autre?
    L’aspect financier et l’aspect de reconnaissance est certainement bien mérité.

    1. La réussite est-elle à mesurer financièrement ou par reconnaissance – adoubement des professionnels qui ont maltraité avant ?

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