J’aime ma folie parfois

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Parfois je me suis sentie en morceaux épars. Parfois mon corps était brisé en petites parties comme désolidarisé. Parfois mon chemin de vie m’a semblé morcelé. Parfois j’ai perdu tout lien entre mes membres, mes idées et mes actes. Et pourtant, je ne suis qu’une. Pourtant il y a des liens physiques et psychiques entre toutes les parties de moi. 

Si parfois c’était lors de pertes de contact avec le réel que ce morcellement apparaissait, parfois je le ressens même dans la conscience totale. Si mon parcours de vie me semble haché, si je suis parfois dissociée, une ligne parfois se fait. Entre mon rôle social et ma personnalité s’est créé un gouffre, et finalement j’ai le sentiment que ce rôle social s’est effacé pour laisser place à ma réelle personnalité. Quelque part je suis encore plus moi-même que tous ceux qui se perdent dans un jeu avec le monde. Je ne peux plus céder à cette tentation du costume de la vie en société, je suis moi dans ma cruauté, dans ma dureté mais dans mon essence même. 

Finalement les troubles psychiques ont cette vertu de donner à palper ses propres limites et ses propres caractéristiques.

Et finalement, je pense souvent que la “maladie” psychique, que ces “troubles”, que cette part de folie, ces éléments profondément enfouis qui ont ressurgi par moments, m’ont donné l’occasion de ne plus être un pion. Ils m’ont contrainte à me connaître moi-même, à me découvrir même dans ce que je ne voulais pas voir. Ils m’ont permis d’être moi-même, de ne plus jouer un rôle et de devenir quelqu’un à part entière. Ma personnalité profonde jetée au monde, j’ai pu la voir, entrevoir mes parts les plus sombres et construire sur des ruines affectives un être conscient de lui-même. 

Peu de gens ont cette chance, peu de gens accèdent à leur propre vérité. Ce qui est enfoui en eux le restera et peut-être ne sauront-ils jamais ce qu’ils sont au fond d’eux, ce à quoi ils aspirent réellement et ce pour quoi ils sont ou non faits. Finalement les troubles psychiques ont cette vertu de donner à palper ses propres limites et ses propres caractéristiques. En ce sens, ils nous donnent l’occasion d’être un jour quelqu’un à part entière, et surtout d’être nous-mêmes par l’ouverture des fenêtres sur notre vie profonde.  

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