La pair-aidance peut-elle être professionnelle ?

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Le rétablissement passe-t-il forcément par une forme ou une autre de pair-aidance ? Il semble bien que voir l’autre, l’alter ego parvenir à s’en sortir, fonde une forme d’espoir et de croyance en des lendemains potentiellement meilleurs. Il semble aussi qu’aller mieux passe par une forme de soutien et d’entraide que la pair-aidance idéale permet. Mais faut-il l’institutionnaliser et la professionnaliser pour autant ? De mon point de vue, de pair et par moment de pair aidante ou de graviteuse dans la santé mentale, la pair aidance se pervertit dans la professionnalisation. Elle y perd sa dimension de don et de gratuité. Elle devient une relation normée qui fait exploser sa substance même. Jamais je n’arriverais à me permettre de donner des conseils, ou même quelque part de savoir pour l’autre. Alors oui, le pair-aidant limite les dégâts d’une institution qui sait toujours pour soi. Il devient garde-fou de professionnels parfois maltraitants. Mais il est dans son essence même une forme de modèle, de celui qui a su, et qui indirectement sait non pas quoi mais comment. Et je ne crois pas que qui que ce soit ai pu savoir pour moi. Des années de thérapie, des années de vie commune ne permettent jamais de savoir pour l’autre même le comment faire. 

A mon sens, la pudeur et le respect de l’autre passent par la non directivité, mais aussi par la liberté de faire ou non appel à l’autre.

A mon sens, la pudeur et le respect de l’autre passent par la non directivité, mais aussi par la liberté de faire ou non appel à l’autre. Les relations biaisées des soignants avec les personnes qu’ils suivent sont grandement liées au caractère obligatoire de la relation. Et là dessus, ni soignants ni pair-aidants ne peuvent mettre à mal cet effet. 

Je crois foncièrement que ceux qui m’ont apporté le plus dans ma vie, sont ceux qui n’avaient pour raison d’être là que leur amitié ou leur amour pour moi. Ceux qui y étaient contraints n’ont jamais pu accéder à ce qui me fait vivre. 

Alors, je pense que chacun de nous a beaucoup à apprendre de ses pairs, je crois foncièrement à l’entraide. Mais l’entraide dans le cadre biaisé de l’institution perd de son efficacité mais aussi de son naturel et se retrouve contrainte par les circonstances. Je ne crois pas à la formation d’un soi plus fort sans amour et l’amour ne se tarife pas. Il se vit et se partage même quand aucuns intérêts ne sont là. 

Le pair-aidant n’est pas un modèle à suivre labellisé par des soignants montrant le bon chemin. Il est un compagnon de route qui parfois à quelques outils à nous prêter mais qui au final doit être là sans raison juste de partager.   

Je n’ai ici qu’un avis partial de pair, pas de pair-aidante, de personne que l’institution sociale et sanitaire a toujours indirectement insultée par ses conseils peu avisés, déplacés et souvent à côté de la plaque. Et j’ai le sentiment que tout pair qu’il soit, concrètement aujourd’hui le pair-aidant est trop souvent proche de ces prescripteurs de bonne conduite que sont devenus les soignants et les professionnels du social. L’ami, l’amant, le camarade peut donner avec l’appui de l’amour et du respect la confiance en la parole par la gratuité de son geste. Le pair-aidant professionnel restera dans cette relation que tous refusent de voir comme de commerce entre une organisation pourvoyeuse de soins, d’argent ou de biens matériels et une personne qui reste en dessous face à l’institution.

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