Parler de sa santé mentale

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Ce que m’ont appris mes expériences de témoignage sur mon propre parcours en psychiatrie, c’est bien que le sentimentalisme décrédibilise. Pour parler de soi dans ce domaine, il faut éviter le pathos, le fuir autant qu’il nous rend vulnérable. 

Quand j’ai commencé à parler de moi, de ma vie et de mon parcours sous l’angle de la santé mentale, j’ai tout lâché. Alors, malgré les quelques larmes versées par certains auditeurs je me mettais à nu et j’en pâtissais. En me mettant en situation de faiblesse face à mon auditoire, je recevais violemment les remarques de mes auditeurs qui pris d’une confiance en leur propre santé mentale se mettaient à se permettre des jugements larvés dans leurs questions. Je sentais ce dédain, une condescendance qui n’a d’égale que la pitié dans les yeux de ces gens qui se sentent alors regonflés de leur pseudo normalité. 

Alors, j’ai cessé de parler de moi, je me suis repliée, j’ai arrêté de montrer l’intérieur, arrêté de montrer mes meurtrissures qui ne devenait que des cibles d’assauts qui me blessaient et me plongeaient dans cette forme de fragilité que dans ma vie j’avais dès lors dépassée. J’ai donné un discours policé, gorgé d’euphémismes et d’histoires éludées pour donner finalement que ce qui était lisible facilement. J’ai passé sous silence, enjolivé et écrit une histoire assumable, peut-être partielle, parcellaire et partiale mais vivable pour moi dans l’exposition de moi. 

Aujourd’hui, je pense que parler de soi sans souffrir et sans s’ouvrir à des réflexions bienveillantes et assassines aussi, il faut trouver de quoi intellectualiser, montrer qu’en tant que fou on a conservé la raison et que l’on peut se comprendre nous-même.

Puis, j’ai compris que ce pathos tuait mon discours, que ces sentiments trop forts qui se transmettent mais qui se transmettent seuls, ils cachaient par leur force le sens des choses. L’assaut émotionnel était tel que les auditeurs se perdaient comme je m’étais perdue de vue à l’époque. Il leur fallait un fil conducteur, une ligne directrice, un sens au malheur pour l’entendre et se l’approprier. Tout comme il m’en fallait un. Alors, j’ai reconstruit le récit de ma vie sur un, puis sur plusieurs prismes qui permettaient de la lire, de comprendre la direction et de donner un sens. Permettant de s’échapper de cette souffrance qui assaille et effare, celle qui fait perdre l’intelligibilité des choses, raconter par le biais d’un axe de ce qui m’a permis d’aller mieux, en l’occurrence l’écriture, j’abordais tout le parcours mais avec ce sens que dans mes premiers témoignages on perdait au point de sombrer dans la sidération et la perte totale de sens. 

Aujourd’hui, je pense que parler de soi sans souffrir et sans s’ouvrir à des réflexions bienveillantes et assassines aussi, il faut trouver de quoi intellectualiser, montrer qu’en tant que fou on a conservé la raison et que l’on peut se comprendre nous-même. Sans cette expression d’un recul sur soi, on devient objet d’un débat dans lequel c’est finalement d’un autre que nous-même que l’on parle. Pour rester sujet de son expression, en psychiatrie, il faut donner sens, raison et prouver surement encore plus notre recul sur nous-mêmes. Si la folie est dans le sens commun opposée à l’intelligence et à la raison, il faut aller sur ce terrain prouver le préjugé derrière cet idée et surement deux fois plus en être capable pour ne pas de discréditer et jouer ce rôle de déstigmatisation d’une façon plus puissante que par des pseudo success story de rétablissement liée plus fortement à une apparence de normalité qu’à une réelle connaissance de soi ou qu’à une introspection effective donnant les clés existentielles d’une maîtrise de soi avec ou sans les troubles. 

One thought on “Parler de sa santé mentale

  1. Enfin une réflexion que je partage. Se livrer n’est pas un préalable à l’établissement d’une relation saine avec son auditoire. Mais de trop nombreux pair-aidants pensent que leur quart d’heure de célébrité passe par cette étape initiatique. Ils dénient à leurs propres pairs la capacité de mener un parcours réflexif, nourri par leur expérience mais qui n’en soit pas l’expression primaire. Quant à un certain auditoire, il reste sceptique, même s’il se défend de rechercher les stigmates chez ces malades rétablis, lorsqu’un pair aidant s’aventure dans le champ de la réflexion qui ne soit pas « orthodoxe ».

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