Si on est marié, c’est qu’on peut travailler ?

La déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé a été refusée par l’Assemblée nationale le 17 juin dernier. La proposition de loi repasse devant le Sénat en octobre pour deuxième lecture avec une séance publique le 12 octobre. Handicap.fr reprend l’historique de cette proposition de loi de façon détaillée et nous rappelle les enjeux du débat. 

Des rassemblements et manifestations sont prévus par l’APF notamment dès le mois de septembre pour permettre cette séparation des revenus dans le calcul de l’AAH. 

Il est clair que la logique des députés pose question sur le traitement réservé aux personnes handicapées. Déjà est-ce à dire que si on est marié ou si on vit en couple, la restriction d’accès à l’emploi est diminuée ? L’AAH n’est pas un minima social comme les autres, si elle en est un… Elle vise à compenser un problème réel et concret d’accès à l’emploi. Que ce soit pour des raisons médicales ou sociales, les personnes handicapées n’ont pas les mêmes possibilités d’accès à l’emploi que les personnes valides. Et ce fait, est reconnu et tente d’être compensé par des politiques publiques. Et pourtant, sur cette déconjugalisation la position politique reste floue.

Oui, les personnes handicapées ont droit à une compensation du fait de leur moindre capacité ou opportunité à travailler. Mais non, ce n’est plus le cas, dès qu’elles vivent en couple… Comment expliquer cette logique aberrante d’une société française retoquée par l’Europe pour stigmatisation persistante ?

Non, nous ne sommes pas et ne voulons pas être tels des enfants à la charge de leur proches.

L’itinéraire professionnel des personnes handicapées est déjà semé d’embûches et les politiques publiques en rajoutent par une injonction à vivre seul. Comment rejeter plus fortement que par la vie amoureuse ou maritale les handicapés. Comment dissuader tout-un-chacun de vivre avec une personne handicapée qui devient un poids économique certain.

Non, nous ne sommes pas et ne voulons pas être tels des enfants à la charge de leur proches. Oui, les personnes handicapées ont droit à leur dignité et à une forme d’inclusion sociale qui semble dépassée pour l’Assemblée nationale. 

Et si, déjà, l’isolement est un problème humain de nos sociétés qui brisent peu à peu tous les liens sociaux, l’inclusion passe aussi par faire des personnes handicapées autre chose qu’un fardeau économique pour leurs proches. Cela passe par l’acceptation de leur situation et des politiques claires sur cette question de l’AAH, visiblement considérée comme un RSA++ par les députés et absolument pas comme un revenu indispensable pour nous. Revenu qui laisse par ailleurs les personnes handicapées seules sous le seuil de pauvreté…

Quel valide acceptera dans ce cadre de baisser son niveau de vie voire de passer sous le seuil de pauvreté par amour ? Alors oui, cela fera de belles histoires sacrificielles pour les émissions télévisées mais cela laissera beaucoup de personnes handicapées sur le bord de la route de ce monde qui visiblement met des barrières économiques fortes à notre inclusion.

Crédit photo : Photo by Nick Fewings on Unsplash

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